Après la guerre, la famille en première ligne

TEMOIGNAGE La femme d'un soldat français atteint du syndrome de stress post-traumatique après une mission en Afghanistan brise le silence dans un livre, l'Enfer du retour (Ed. J.C. Gawsewitch).

Faustine Vincent
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Des soldats français embarquent à Kaboul pour quitter l'Afghanistan.
Des soldats français embarquent à Kaboul pour quitter l'Afghanistan. — M. Sadeq / AP / SIPA

Au téléphone, la voix tremble légèrement. «J'ai les jambes en coton rien que de reparler de ça.» Nina Chapelle – un pseudonyme – a accepté de nous répondre pour témoigner de ce qu'elle a vécu après le retour d'Afghanistan de son mari, officier, atteint du syndrome de stress post-traumatique (PTSD) après avoir été témoin d'un attentat. Une histoire dont elle a fait un livre, L'Enfer du retour (Ed. J.C. Gawsewitch), publié ces jours-ci.

La peur et le silence

C'est la première fois qu'une femme de soldat évoque publiquement les ravages que cause le PTSD, cette «blessure invisible», dans les familles. Nina Chapelle raconte les premières interrogations face au comportement étrange de son mari, aux yeux «vides», la peur face à ses réactions violentes quand le téléphone sonne ou que ses enfants rient un peu trop fort, et le silence, lourd et insidieux, qui s'abat sur la cellule familiale.

C'était en 2010. Nina Chapelle ne sait rien du syndrome de stress post-traumatique, encore tabou, et refuse de se confier à qui que ce soit. «J'avais honte, je culpabilisais. Et c'était trop intime», dit-elle. Jusqu'au jour où son mari met le feu à la maison, se croyant poursuivi par des insurgés. C'est le déclic. Elle cherche de l'aide, consulte les forums sur Internet, tape aux portes de l'armée. Jusqu'alors, celle-ci ne lui a opposé qu'un «silence glacial» et fait savoir qu'elle «n'a pas pour mission de prendre en charge les familles». Nina Chapelle finit par trouver une écoute auprès de l'association Terre et Paix, créée fin 2011.

Hospitalisé à plusieurs reprises en psychiatrie, son mari s'est peu à peu rétabli. Il a désormais «de nouveaux projets» dans l'armée, qu'il n'a pas quittée, même s'il ne veut pas repartir en opération extérieure. Nina Chapelle, elle, a trouvé un CDD et assure que l'institution militaire est «plus présente» à leurs côtés. «Le calme est revenu après l'ouragan», souffle-t-elle. Son mari apprendra «plus tard» ce qu'elle a traversé : ni lui, ni personne de son entourage ne sait qu'elle a écrit ce livre.

■ un couple concerné sur quatre divorce

Le service de santé des armées ne reconnaît aujourd'hui que 550 cas de PTSD. Un chiffre largement sous-estimé, sachant que 5 à 15 % des militaires peuvent présenter ce trouble, selon les études américaines. En France, une enquête menée sur des soldats français envoyés en Afghanistan en 2009-2010 montre que 6,4 % d'entre eux ont été atteints par un PTSD, dont 51 % ont eu des conflits familiaux et 26 % ont divorcé.