Mort de Margaret Thatcher: «Elle est la preuve que la personnalité compte en politique»

REVUE DE PRESSE Les journaux britanniques sont au moins aussi divisés que leurs lecteurs au sujet de l'ancienne Première ministre...

Corentin Chauvel

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Margaret Thatcher, en juin 2010, à Londres.
Margaret Thatcher, en juin 2010, à Londres. — AFP

La mort de Margaret Thatcher lundi à l’âge de 87 ans a provoqué une vague de réactions au sein du Royaume-Uni opposant vigoureusement les pros et les antis. La presse britannique n’y a pas échappé, analysant sous toutes les coutures l’héritage laissé par la «Dame de fer» qui a établi un record de longévité (1979-1990) au 10, Downing Street.

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Parmi les journaux les plus élogieux au lendemain du décès de l’ancienne Première ministre, on retrouve le Daily Mail qui appelle, pétition à l’appui, à des funérailles nationales –auxquelles elle n’aura pas droit. Le quotidien reprend pour sa une une citation de David Cameron faisant de Margaret Thatcher «la femme qui a sauvé la Grande-Bretagne». A côté de cette «géante», la plupart des autres politiciens apparaissent comme des «pygmées», poursuit un éditorial du quotidien pour qui la «Dame de fer» est l’une des rares personnes dont l’existence a changé la face de la Grande-Bretagne et du monde.

«Son héritage, c’est la division publique»

A l’opposé, le Guardian n’est pas tendre avec l’ancienne Première ministre. «Son héritage, c’est la division publique, l’égoïsme privé et un culte de la cupidité qui, tous réunis, enchaînent l’esprit humain», résume le quotidien de centre-gauche dans un éditorial cinglant. Pour le Guardian, l’empreinte laissée par Margaret Thatcher au sein de la politique britannique est toujours vivace et le restera sans doute encore très longtemps.

Mais le quotidien sait aussi reconnaître les qualités de l’ancienne Première ministre: une «guerrière politique», qui adorait le «combat politique», avec «la conviction qu’elle n’avait jamais tort». «Margaret Thacher est la preuve que la personnalité compte en politique», estime ainsi le Guardian.

Une «femme de vérité»

Et le Times de noter que la mort de la baronne Thatcher aura permis de susciter, entre l’élan d’admiration et les critiques, «un nouveau débat sur son héritage». Le quotidien conservateur reste d’ailleurs beaucoup plus mesuré que le Daily Mail, tentant d’analyser plus profondément le succès de l’ancienne Première ministre. Cette «femme de vérité» est arrivée au pouvoir à un moment où «la Grande-Bretagne avait perdu confiance en elle-même» et Margaret Thatcher a «fait les bons choix» face aux grands événements qu’elle a connus, selon le Times.

Avec son style bien à lui, le Sun personnalise jusqu’au bout son hommage, lui aussi démesuré, à la «Dame de fer». «Alors de quoi le Sun va-t-il se souvenir de Margaret Thatcher, la plus grande Première ministre de notre histoire? De son courage», indique le tabloïd qui détaille tous les faits d’armes de son idole politique contre l’Union européenne, l’IRA, les syndicats, l’Argentine ou encore au sein de la Guerre froide.

«La femme qui a divisé la nation»

Et grâce à cela, «elle a gagné trois élections générales, soutenue par des millions de lecteurs du Sun», se gausse le quotidien quand son rival, le Daily Mirror, préfère interroger ses lecteurs à lui sur leur volonté de voir ou non «la femme qui a divisé la nation» être honorée de funérailles nationales –76% de non selon leur sondage en ligne ce mardi midi.

La conclusion va à The Independent qui indique enfin que, «pour le meilleur ou pour le pire, Margaret Thatcher a refaçonné notre nation» et reste l’une des rares personnalités de pouvoir britanniques à avoir donné son nom à une «philosophie politique»: le «thatcherisme», soit une politique rapide, obstinée et sans complaisance, comprenant aussi des «coupes» (budgétaires).