Margaret Thatcher, tremplin malgré elle de la culture britannique

avec AFP

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En asséchant le financement public de la culture au Royaume-Uni et en suivant une politique sociale sans concessions, Margaret Thatcher a été à l'origine d'une créativité artistique sans précédent, souvent féroce et à ses dépens, qui a perduré bien au-delà de son départ du pouvoir.
En asséchant le financement public de la culture au Royaume-Uni et en suivant une politique sociale sans concessions, Margaret Thatcher a été à l'origine d'une créativité artistique sans précédent, souvent féroce et à ses dépens, qui a perduré bien au-delà de son départ du pouvoir. — Odd Andersen AFP

En asséchant le financement public de la culture au Royaume-Uni et en suivant une politique sociale sans concessions, Margaret Thatcher a été à l'origine d'une créativité artistique sans précédent, souvent féroce et à ses dépens, qui a perduré bien au-delà de son départ du pouvoir.

Elle «a eu un impact phénoménal sur la culture en provoquant un rebond idéologique. Elle a fourni l'impulsion cruciale qui manquait à la culture britannique», selon David Khabaz, auteur de «Problèmes contemporains dans la culture populaire». «C'est un mouvement paradoxal : si Thatcher n'avait pas attaqué l'art en supprimant les financements, la culture idéologique ne serait pas apparue. Elle a joué un rôle extrêmement important dans plusieurs prouesses artistiques des années 1980», souligne-t-il.

Mouvement punk

Arrivée au poste de Premier ministre en 1979, Margaret Thatcher a progressivement supprimé le financement du Conseil des arts, installé en 1946 pour mettre la culture à portée de tous. Elle considérait que les artistes, à l'instar du reste de la population, devaient se débrouiller par eux-mêmes pour réussir, et n'appréciait pas non plus de «financer» des artistes considérés comme étant de de gauche et critiques de son action.

En plus de l'assèchement des fonds, sa gestion sociale (mineurs, Irlande du Nord, chômeurs) et diplomatique (bloc soviétique, Malouines) a provoqué une levée de boucliers dans le milieu de la culture. Musique, peinture, cinéma, littérature, théâtre, télévision, architecture et même mode, la Dame de fer «a influencé les moindres aspects de la vie quotidienne», relevait David Christopher, auteur de «Culture britannique, introduction».

Spectacles en faveur des chômeurs

C'est dans la musique que la réaction a été la plus visible et la plus virulente. En 1988, le chanteur Morrissey avait fait un «merveilleux rêve» : voir «Margaret sur la guillotine». Des dizaines de chansons ont appelé à sa démission, voire à sa mort, dénonçant celle qui «prend son thé avec Pinochet» ou qui fait de l'Angleterre la «putain du monde».

Le mouvement punk, lancé par les Sex Pistols en 1975, s'est également rallié à la mouvance antiThatcher qui était incarnée notamment par The Clash, Elvis Costello, Billy Bragg ou encore Paul Weller, The Communards, Madness, Prefab Sprout, Lloyd Cole ou The Smiths.

Avant les législatives de 1987, des artistes avaient créé le collectif Red wedge pour inciter à voter Labour avec des spectacles notamment au profit des chômeurs. La contre-culture utilisait le système D : concerts et expos dans des entrepôts, rave-parties, fabrication artisanale de CD, publication de fanzines.