Une «conscience» russe assassinée

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La journaliste russe Anna Politkovskaïa préparait un article sur la torture en Tchétchénie. Elle a été assassinée samedi après-midi dans l'ascenseur de son immeuble à Moscou. Difficile de ne pas voir dans ce meurtre la main d'un pouvoir qui refuse que l'on mette le nez dans ses affaires, en particulier celles de cette province indépendantiste. Journaliste à Radio France internationale (RFI), Daniel Desesquelle, avait interviewé Anna Politkovskaïa en 2005, pour la sortie de son livre La Russie selon Poutine. Aujourd'hui, concernant le meurtre de celle qu'il qualifie de « conscience », il évoque la responsabilité de la « nébuleuse au pouvoir » : Kremlin, armée, services secrets et autres mafias.

Journaliste au Novaïa Gazeta – bihebdomadaire réputé –, Anna Politkovskaïa, âgée de 48 ans, menait, notamment depuis août 1999 et la reprise de la guerre, un combat acharné contre les exactions russes en Tchétchénie. Elle ne cachait pas non plus son aversion pour le président russe, Vladimir Poutine, qui n'avait amené que « l'insécurité, la guerre et la pauvreté » à ses concitoyens. Cet assassinat survient en tout cas dans un climat d'extrême violence, dans une Russie où les atteintes à la liberté de la presse le disputent aux coups de boutoir portés aux droits de l'homme.

Armelle Le Goff

En 2001, Anna Politkovskaïa avait déjà dû s'exiler trois mois, sous la pression des menaces. En 2004, en route pour Beslan, en Ossétie du Nord, elle avait été victime d'un empoisonnement.