Centrafrique: Le camp de Bossombelé, théâtre des horreurs du régime Bozizé

avec AFP

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Tortures, exécutions sommaires, conditions de détention insupportables: le camp militaire de Bossombelé, à 175 kilomètres au nord de Bangui, révèle les horreurs du régime centrafricain du président François Bozizé, renversé le 24 mars.
Tortures, exécutions sommaires, conditions de détention insupportables: le camp militaire de Bossombelé, à 175 kilomètres au nord de Bangui, révèle les horreurs du régime centrafricain du président François Bozizé, renversé le 24 mars. — Patrick Fort AFP

Tortures, exécutions sommaires, conditions de détention insupportables: le camp militaire de Bossombelé, à 175 kilomètres au nord de Bangui, révèle les horreurs du régime centrafricain du président François Bozizé, renversé le 24 mars.

«C'était horrible. Inimaginable. Je suis resté trois mois et j'ai eu la chance que la communauté internationale se mobilise pour me faire libérer», affirme à l'AFP Herbert Djono-Ahaba, actuel ministre des Mines, membre de la coalition rebelle Séléka, qui était alors député. «C'étaient des tueries. Je remercie Dieu d'être encore en vie», poursuit M. Djono-Ahaba, libéré début 2012.

Dans un cadre bucolique à l'entrée de la ville, le camp militaire de Bossombelé est en fait un centre de formation de militaires. Mais une de ses maisons avait été transformée en geôle pour les prisonniers dits «politiques». S'y côtoyaient des militaires et des civils détenus sans procès et considérés comme dangereux.

Tortures quotidiennes

Ils étaient maintenus au secret total, dans l'impossibilité de communiquer avec leurs proches qui, souvent, les croyaient morts ou disparus pour toujours. Les prisonniers ont tous été libérés le 23 mars, au début de l'offensive du Séléka qui a pris le contrôle de Bangui le lendemain. Une colonne de rebelles était passée à Bossombelé pour ouvrir une nouvelle voie vers la capitale et récupérer l'important matériel militaire qui s'y trouvait.

L'unique cellule de 40 m2 pouvait contenir jusqu'à 35 personnes. Yaya Issa, membre de la Convention des patriotes pour la justice et la paix (CPJP), une des rébellions composant aujourd'hui le Séléka, y a passé plus de deux ans.

Conditions sanitaires catastrophiques

«On m'a torturé, frappé. Une fois, un GP (garde présidentiel) m'a tapé du soir au matin. 240 coups avec une cordelette militaire. Après, il a pissé sur mes blessures», raconte-t-il, exhibant les stigmates sur sa tête et son dos. «Je me disais que j'allais mourir».

«Pendant les quatre premiers mois, je ne suis pas sorti de la cellule. Pas possible de se laver. Les mêmes vêtements. On n'avait pas de toilettes, on faisait dans la pièce. Après, ils ont apporté un seau».

Le colonel du Séléka Ali Garba, auparavant membre de l'armée, a passé trois mois à Bossombélé en 2010 avant d'en être libéré. Lui aussi affirme avoir vu des exécutions sommaires. «C'était l'abattoir de Bozizé. Ils venaient, sortaient un soldat et le tuaient d'une balle. Il ne se passait pas deux jours sans une exécution», soutient-il. Selon lui, il s'agissait surtout de soldats qui s'étaient repliés lors de la prise de Birao (nord) par la CPJP en 2010. Bozizé avait ensuite dû faire appel à l'armée tchadienne pour reprendre la ville.