Le front de gauche franco-allemand contre Merkel amuse Outre-Rhin

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Le front de gauche franco-allemand contre l'austérité d'Angela Merkel reconstitué en fin de semaine suscitait l'amusement en Allemagne à six mois des élections législatives, la chancelière restant plus populaire que jamais dans son pays.
Le front de gauche franco-allemand contre l'austérité d'Angela Merkel reconstitué en fin de semaine suscitait l'amusement en Allemagne à six mois des élections législatives, la chancelière restant plus populaire que jamais dans son pays. — Daniel Roland AFP

Le front de gauche franco-allemand contre l'austérité d'Angela Merkel reconstitué en fin de semaine suscitait l'amusement en Allemagne à six mois des élections législatives, la chancelière restant plus populaire que jamais dans son pays.

A lire la presse allemande du week-end, la visite du candidat social-démocrate à la chancellerie, Peer Steinbrück, au président français François Hollande vendredi, à Paris, n'a pas contribué à désembourber sa campagne pour les législatives du 22 septembre.

«Rencontre au sommet des frustrés»

Peer Steinbrück, dont la popularité a chuté à son niveau le plus bas depuis son entrée en politique fédérale en 2005 (32%), selon un sondage publié vendredi, était venu polir son image internationale au côté du dirigeant socialiste français: il s'est retrouvé au côté d'un président affaibli, au coeur d'une crise politique.

«Rencontre au sommet des frustrés», titrait samedi le quotidien populaire Bild, le plus grand tirage d'Allemagne. Le journal -plus proche d'Angela Merkel que de son rival- constatait, moqueur: «Après plus d'une heure de discussion avec le président français, M. Steinbrück ressort seul, Hollande ne veut pas se montrer devant la presse».

Même ton du quotidien berlinois Berliner Zeitung, de centre-gauche: «François et Peer ne sont certainement pas une 'dream team' pour la campagne électorale». Et le Tagesspiegel, également de gauche et berlinois, publiait une caricature des deux, Peer Steinbrück déclarant: «Nous avons eu un échange de vue animé sur la façon de pouvoir encore détériorer notre popularité dans les sondages».

«Madame Merkel passe chez nous pour une tante assise les mains sur son sac à main»

Ces derniers jours, les médias allemands ont constaté l'affaiblement du président français: l'affaire de Jérôme Cahuzac, ex-ministre du Budget, inculpé pour fraude fiscale, a fait la une du journal de vingt heures de la chaîne publique ARD. Et les révélations sur le trésorier de la campagne présidentielle de François Hollande, Jean-Jacques Augier, actionnaire de sociétés offshore aux îles Caïmans, un paradis fiscal, ont alimenté les articles de presse.

La mise en garde de Peer Steinbrück et François Hollande vendredi contre la politique d'austérité dans la zone euro préconisée par Angela Merkel n'a guère fait mouche en Allemagne. Les deux dirigeants sont d'accord pour estimer que une politique rigide d'économies conduit beaucoup de pays à un «cercle infernal» de croissance trop faible, taux de chômage trop élevé et de nouvelles demandes d'économies, a déclaré Peer Steinbrück après sa rencontre avec François Hollande.

Mais le patron du SPD Sigmar Gabriel a récemment reconnu que les électeurs ne semblaient pas d'accord. «Madame Merkel passe chez nous pour une tante assise les mains sur son sac à main. Et quand l'un des voisins veut y toucher, elle dit: 'non'. Les Allemands trouvent cela bien», avait-t-il résumé. De fait, la chancelière satisfait 68% des Allemands, selon le sondage de vendredi.

Hollande invité d'honneur des festivités pour les 150 ans du SPD

En tout état de cause, le politologue de l'Université libre de Berlin Gero Neugebauer a pointé dans un entretien à l'AFP que la visite parisienne de Peer Steinbrück n'aurait pas d'incidence sur les élections: «Les Allemands votent surtout en fonction de la politique intérieure, du travail, de la politique familiale».

Selon Sigmar Gabriel, François Hollande sera l'invité d'honneur des festivités organisées le 23 mai prochain à Leipzig (est) pour les 150 ans du SPD. En décembre 2011, lors d'un congrès à Berlin des sociaux-démocrates avant son élection, il avait appelé à empêcher Angela Merkel d'obtenir un troisième mandat, en lançant: «Wir gewinnen zusammen» («Nous gagnons ensemble»).