Procès de néo-nazis: Un journal turc saisit la justice allemande

Avec Reuters

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Le journal turc Sabah a annoncé ce jeudi son intention de saisir la plus haute instance juridique d'Allemagne au sujet des accréditations de presse à un procès de militants néo-nazis accusés du meurtre de dix personnes, dont huit immigrés turcs. En vue du procès qui s'ouvrira le 17 avril à Munich, un tribunal de la capitale bavaroise a réservé cinquante places à la presse et les premiers arrivés ont été les premiers servis - ce qui fait qu'aucun organe de presse turc n'a pu en obtenir.

Au cours du procès, entre 50 et 60 places supplémentaires seront attribuées chaque jour aux journalistes, qui devront faire la queue pour pouvoir entrer dans la salle. Mais Sabah a dit préférer saisir la Cour constitutionnelle allemande. La classe politique allemande, les médias et l'importante communauté turque d'Allemagne ont accusé le tribunal munichois d'être resté sourd aux demandes de la presse turque.

«Justice à l'allemande»

Le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu a déclaré le week-end dernier à son homologue allemand, Guido Westerwelle, espérer que des médias turcs et des représentants du gouvernement turc seraient autorisés à assister au procès. Le  gouvernement allemand, embarrassé, a dit comprendre le gouvernement turc mais ne pas vouloir s'immiscer dans les décisions de la justice allemande. «Nous avons l'intention de saisir d'ici vendredi la Cour constitutionnelle», a fait savoir Mikdat Karaalioglu, rédacteur en chef de Sabah-Europe.

L'Association de la presse étrangère a demandé fin mars aux magistrats allemands de revenir sur leur décision. Le journal Bild a offert sa place dans la salle à l'envoyé du quotidien turc Hurriyet mais le tribunal a affirmé que les places ne pouvaient être échangées.
Ertugrul Ozkok, ancien rédacteur en chef d'Hurriyet, a parlé de «scandale» et un autre journal turc, Milliyet, a dénoncé «la justice à l'allemande». Outre les immigrés turcs, un immigré grec et une femme policier ont également été tués par le commando du «Mouvement clandestin national-socialiste» (NSU). Le groupe n'a été identifié et neutralisé qu'à la fin de l'année 2011. Parmi les accusés figure Beate Zschäpe, 38 ans, et quatre complices présumés.

Les deux autres principaux membres de la "cellule de Zwickau", Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt, avec qui Beate Zschäpe vivait dans la clandestinité dans cette petite ville de Saxe, se sont suicidés en octobre 2011. C'est grâce à la découverte des deux cadavres, et à la reddition de la jeune femme quatre jours plus tard, que la série de meurtres xénophobes, attribuée un moment à tort à la mafia turque, avait été élucidée.