Japon: De plus en plus d'adultes exaspérés par le bruit des enfants

avec AFP

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Depuis sa fenêtre, M. X, un Japonais entre deux âges, observe des gamins en train de jouer au ballon un dimanche après-midi dans un parc voisin. Et ça piaille. "Hé vous là! arrêtez de jouer au foot sous mes fenêtres"! éructe-t-il soudain.
Depuis sa fenêtre, M. X, un Japonais entre deux âges, observe des gamins en train de jouer au ballon un dimanche après-midi dans un parc voisin. Et ça piaille. "Hé vous là! arrêtez de jouer au foot sous mes fenêtres"! éructe-t-il soudain. — Yoshikazu Tsuno AFP

Depuis sa fenêtre, M. X, un Japonais entre deux âges, observe des gamins en train de jouer au ballon un dimanche après-midi dans un parc voisin. Et ça piaille. «Hé vous là! arrêtez de jouer au foot sous mes fenêtres»! éructe-t-il soudain.

Au Japon, où la population vieillit à grande vitesse, de plus en plus de gens ont du mal à supporter les enfants. Car sur l'archipel, les jeunes sont devenus une minorité. «Du coup, les gens n'ont plus l'habitude d'entendre les bruits des jeunes», résume Masako Madea, une spécialiste universitaire de la démographie. A l'écouter, cette société des cheveux gris ou blancs filerait vers une quasi intolérance: «l'exaspération monte, ça arrive tous les jours», dit-elle.

Et, à l'instar des aéroports harcelés par des riverains excédés par le vrombissement des avions, les crèches et autres garderies finissent par devoir ériger des palissades antibruits pour étouffer les sons des bambins et limiter les plaintes. Idem pour les clubs de sport qui restreignent les activités extérieures pour ne pas provoquer la colère des voisins.

Quart de la population japonaise a plus de 65 ans

Nobuto Hosaka est maire de Setagya, un quartier de Tokyo. Il s'est fait une belle réputation et une cohorte de «suiveurs» sur Twitter pour ses commentaires pro-jeunes. Lui aussi dit à l'AFP qu'il s'inquiète pour un pays qui ne tolère plus ou pas le bruit des enfants.

«Dans une école secondaire que je connais, des gamins chantaient en faisant du sport. Des voisins se sont plaints, et maintenant ils s'exercent en silence». Les cas sont légion: ici les jeux en plein air ont été limités à 45 minutes dans un jardin d'enfants, quel que soit le temps ; là une fête traditionnelle annuelle de quartier doit désormais être organisée «à l'intérieur».

L'«horreur absolue» pour les plus irascibles? «Les piscines découvertes au plus fort de l'été», répond une employée municipale de l'arrondissement de Meguro à Tokyo.

«Horreur des piscines découvertes»

Un quart de la population japonaise a plus de 65 ans, et le pays s'enfonce dans la dénatalité. Il se dépeuple, lentement mais sûrement, avec un indice de fécondité moyen de 1,39 enfant par femme, quand il en faudrait 2,1 pour assurer le renouvellement des générations.

Les enfants entre 1 et 14 ans représentent un tout petit 13,2% de la population, le taux le plus bas de la planète, et même pas la moitié du pourcentage global dans le monde: 26,8% selon l'ONU. Conscient que son taux de natalité est en chute libre, le Japon a créé en 2005 un poste ministériel spécifique en charge des «mesures contre le déclin démographique».