Birmanie: Quatre quotidiens privés voient le jour pour la première fois en un demi-siècle

Reuters

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Quatre quotidiens privés ont vu le jour ce lundi en Birmanie pour la première fois en près d'un demi-siècle, aboutissement de la politique d'ouverture des médias entamée il y a deux ans.Seize titres ont au total obtenu une licence des autorités mais la plupart n'ont pu paraître faute de financement suffisant, d'équipement performant ou… de journalistes. Avant l'arrivée au pouvoir des militaires lors du coup d'Etat de 1962, le pays comptait plus d'une douzaine de quotidiens privés en plusieurs langues.

Censure progressivement assouplie

Sous le règne des militaires, seuls des journaux contrôlés par l'Etat, considérés souvent comme des feuilles de propagande, étaient autorisés à sortir quotidiennement. L'arrivée au pouvoir d'un gouvernement civil en mars 2011 a marqué le début d'un processus de réformes démocratiques et la censure a été progressivement assouplie.

Parmi les quatre quotidiens parus ce lundi, tous en langue birmane, l'Union Daily est proche du gouvernement. Les autres sont le Voice Daily, le Golden Fresh Land et le Standard Time Daily.
Ils ont tous été rapidement épuisés «mais c'est très dur de prévoir leurs futures ventes parce que trois d'entre eux étaient distribués gratuitement et le quatrième était vendu 150 kyat (0,13 euro) par exemplaire», précise un vendeur de rue.

La Birmanie, 151e au classement 2013 de la liberté de la presse

Un autre quotidien, D-Wave, le journal de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le principal parti d'opposition dirigé par Aung San Suu Kyi, n'a pas pu sortir en temps voulu. «Franchement, il est un peu tôt pour dire avec certitude quand le nôtre sortira», avoue Han Tha Myint, membre du comité central exécutif de la LND, qui publie D-Wave en version hebdomadaire. «Pour être honnête», renchérit le rédacteur en chef d'un autre journal privé, «le gouvernement a accordé des licences bien plus tôt que prévu et nous avons été pris par surprise». «Il y a beaucoup de choses à préparer, comme les imprimeries ou la formation du personnel», a-t-il expliqué.

Au classement 2013 de la liberté de la presse établi par Reporters Sans Frontières (RSF), la Birmanie gagne 18 places par rapport à 2012 et se classe au 151e rang, sur 179 pays. L'ONG met cependant en garde contre un projet de loi sur les médias, présenté ce mois-ci devant le Parlement, qui pourrait menacer ce «fragile» processus de libéralisation. RSF critique des dispositions qui pourraient interdire des journaux publiant des articles de nature à menacer la réconciliation nationale, dénigrer les religions ou perturber l'état de droit.