Birmanie: La dame de Rangoun perd de sa superbe

MONDE Muette sur les récentes violences, Aung San Suu Kyi a assisté au défilé de l'armée mercredi...

Armelle Le Goff

— 

Aung San Suu Kyi, lors des cérémonies de l'armée, mercredi.
Aung San Suu Kyi, lors des cérémonies de l'armée, mercredi. — N. Chan Naing / AP / SIPA

Drôle d'image. Mercredi, Aung San Suu Kyi a assisté aux cérémonies annuelles de l'armée. Jusqu'en 2011, ces célébrations étaient surtout une démonstration de force de la junte, qui a dirigé le pays d'une main de fer un demi-siècle durant et assigné à résidence la dame de Rangoun pendant quinze ans. Mais au Myanmar, nom officiel du pays depuis 2010, tout semble avoir changé. Depuis 2011, le pays a entamé une mue démocratique, salué par le président américain Barack Obama lors d'une visite historique, en novembre 2012.

Du coup, l'ennemie d'hier, la présidente de la Ligue nationale pour la démocratie, élue au Parlement en avril 2012, soutient les réformes du nouveau gouvernement de l'ex-général Thein Sein, jusqu'à l'armée, qu'elle avouait aimer, dans un entretien à la BBC, en janvier 2013. «Parce que je l'ai toujours vue comme l'armée de mon père», avait alors précisé la fille du général Aung San, héros de l'indépendance assassiné.

Une adhésion qui passe mal

Sauf que, pour certains de ses soutiens, cette adhésion passe mal. D'autant que celle-ci s'inscrit dans un contexte de violences à propos desquelles le Prix Nobel de la paix observe, selon ses détracteurs, un silence assourdissant. Ces derniers jours, de violentes émeutes entre bouddhistes et musulmans auraient fait cinquante morts, dans le centre du pays, à Meiktila. En juin 2012, ce sont les Rohingyas, une ethnie musulmane présente dans l'ouest du pays, qui avaient été pris pour cible avec une violence telle que 115.000 personnes auraient fui la Birmanie.

A l'époque, Aung San Suu Kyi avait refusé de prendre position. Un silence considéré comme de l'opportunisme. A deux ans de l'élection présidentielle de 2015, elle ne souhaiterait pas saper une base électorale nationaliste. Pourtant, «la montée des tensions religieuses constitue la plus grande menace pour la paix et une future transition vers la démocratie en Birmanie», analyse Célestine Foucher, du site InfoBirmanie.