Et si l'éthanol était une fausse bonne idée

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Une écrasante majorité de Français (94%) se disent "beaucoup" ou "assez" intéressés par le fait d'avoir une voiture propre, selon un sondage de l'Institut LH2-MAAF-Le Parisien à paraître samedi dans le Parisien/Aujourd'hui en France.
Une écrasante majorité de Français (94%) se disent "beaucoup" ou "assez" intéressés par le fait d'avoir une voiture propre, selon un sondage de l'Institut LH2-MAAF-Le Parisien à paraître samedi dans le Parisien/Aujourd'hui en France. — Joël Saget AFP

Thierry Breton roule pour le bio. « Je souhaite que le gouvernement soutienne sans réserve le lancement du bioéthanol, ce nouveau carburant, dans l’intérêt du pouvoir d’achat des Français, de notre indépendance énergétique, et de nos filières industrielles ». C’est avec enthousiasme que le ministre de l’Economie a reçu, le 26 septembre dernier des mains d’Alain Prost, l’ex-champion de F1, le rapport « Flexfuel 2010 » sur la généralisation d’un biocarburant en France, l’E85 qui contient 85% d’éthanol et 15% d’essence. Et les deux hommes d’annoncer qu’ils espéraient voir 500 de ces pompes vertes fleurir en France en 2007. « Et ce pourrait être plus », a ajouté Breton alors que l’on comptabilise plus de 13000 pompes en France.
Une annonce qui a bien sûr réjoui les agriculteurs français, qui y voient un nouveau débouché pour leur blé, leur maïs, leurs betteraves à sucre,leur colza et leur tournesol. « A l'heure actuelle 300.000 hectares de céréales, qui avaient été laissés en jachère, servent à la production de biocarburants. Il reste encore 1 million d'hectares en jachère qui peuvent servir à la montée en puissance de la production », a ainsi expliqué Philippe Pinta, président de l'association générale des producteurs de blé. Même son de cloche chez les Jeunes agriculteurs.
Mais cet optimisme est loin d’être partagé par tout le monde. Ainsi la Confédération paysanne a regretté une décision qui « ne répond pas aux réels enjeux énergétiques et climatiques ». Selon le syndicat, il est aujourd'hui démontré que le bilan énergétique et environnemental de l'éthanol comme agro-carburant « n'est pas l'alternative susceptible de lutter efficacement contre les gaz à effet de serre ».
Autre problème et non des moindres: le combat qui s’engage entre les réservoirs des véhicules des pays riches et les ventres des pays pauvres. De plus en plus de spécialistes s’inquiètent en effet de cette ruée vers l’or vert qui va se faire au détriment de l’alimentation. Car le bioethanol et le biodiesel sont très avides de grains et d’oléagineux (plantes qui donnent de l’huile). En clair, selon l’Américain Lester Brown, président du Earth policy Institute, il faut autant de céréales pour faire le plein d’un 4x4 que pour nourrir une personne pendant un an. Le prix du sucre a déjà doublé en dix-huit mois, explique-t-il, à cause de l’utilisation par le Brésil de la canne à sucre pour produire son éthanol, et celui du maïs ou du blé ont augmenté de 25% depuis janvier. Une hausse insoutenable pour les plus pauvres qui dépensent plus de la moitié de leur revenu pour subvenir à leurs besoins.

Clémence Lemaistre