Le Forum social mondial (FSM) aborde mardi, au premier jour de cette édition 2013 à Tunis, la condition des femmes, en particulier dans le monde arabe après les révolutions qui ont transformé la région depuis deux ans.
Le Forum social mondial (FSM) aborde mardi, au premier jour de cette édition 2013 à Tunis, la condition des femmes, en particulier dans le monde arabe après les révolutions qui ont transformé la région depuis deux ans. — Fethi Belaid AFP

Monde

Les femmes au coeur du Forum social mondial à Tunis

Le Forum social mondial 2013, réunion annuelle alter-mondialiste, ...

Le Forum social mondial 2013, réunion annuelle alter-mondialiste, s'est ouvert mardi à Tunis avec un débat sur la condition de la femme deux ans après le début du printemps arabe qui a vu des islamistes, accusés de discrimination, arriver au pouvoir dans plusieurs pays.

Quelque 30.000 personnes et 4.500 organisations sont attendues pour la douzième édition du FSM, le premier organisé dans le monde arabe, un rassemblement qui se veut le pendant du Forum de Davos, la réunion annuelle du gratin économique et politique mondial.

Il a débuté mardi dans une ambiance festive au campus de l'université de Manar avec une «assemblée des femmes en lutte» contre la discrimination.

Les féministes tunisiennes ont en particulier vivement critiqué les islamistes du parti Ennahda, qui dirigent le gouvernement tunisien, les accusant de vouloir revenir sur leurs acquis, uniques dans le monde arabe au lieu de consacrer l'égalité des sexes.

«Ennahda veut instaurer la charia et priver les femmes de leurs libertés, c'est le même projet qu'en Egypte» où les Frères musulmans sont au pouvoir depuis la révolution de 2011, a martelé Zeineb Chihi, une universitaire participant à cette assemblée réunissant des centaines de personnes.

Prenant la parole devant la foule, Ahlem Belhadj, présidente de l'Association tunisienne des femmes démocrates, a de son côté dénoncé «la violence faite aux femmes pour qu'elles quittent l'espace politique».

Les milieux associatifs tunisiens ont à maintes reprises accusé Ennahda de vouloir limiter les droits des femmes, bien que le parti islamiste ait renoncé à inscrire la charia -la loi islamique- dans la Constitution.

Mais une tentative avortée en 2012 d'introduire la notion de «complémentarité» des sexes au lieu de l'égalité dans la future loi fondamentale a, pour de nombreuses organisations, mis en évidence les réelles intentions d'Ennahda.

Le rôle des femmes sera au coeur de dizaines d'ateliers du FSM qui se tient à Tunis jusqu'au 30 mars. Ils toucheront non seulement aux questions économiques et politiques mais aussi à des thèmes très sensibles dans le monde musulman comme la sexualité.

L'ouverture du Forum social mondial sera aussi marquée mardi par une vaste manifestation à travers le centre-ville à partir de 15H00 GMT.

Les jours suivants quelque 1.000 ateliers sont prévus sur une myriade de thèmes. «Les processus révolutionnaires, révoltes, soulèvements, guerres civiles et contestations» seront néanmoins le thème central, selon les organisateurs.

Ces derniers soulignent la convergence des revendications des soulèvements arabes, motivés par la misère et le chômage, et des mouvements contestataires en Occident, en particulier en Europe dans un contexte d'austérité économique et de coûteux plans de sauvetages d'institutions financières surendettées.

Les autorités tunisiennes ont pour leur part déployé un important dispositif de sécurité pour assurer le bon déroulement du FSM, le pays ayant été déstabilisé par des vagues successives de violences sociales et des troubles sanglants orchestrés par la mouvance islamiste radicale.

Le ministre tunisien des Affaires sociales, Khalil Zaouia, un allié laïc d'Ennahda, a estimé que la tenue du Forum démontre l'engagement de son pays pour la démocratie.

«Le choix de la Tunisie pour accueillir le Forum prouve que c'est un pays où il y a un vaste champ de libertés», a-t-il dit à la télévision nationale.

Et sur le plan économique, le ministre a indiqué espérer que le FSM «marquera le début précoce pour la saison touristique», secteur stratégique mais sinistré depuis la révolution en raison de l'instabilité qui mine d'une manière générale l'économie tunisienne depuis la révolution de janvier 2011.