Qui est le nouveau chef d'Aqmi au Mali?

TERRORISME Yahia Abou El Hamam remplace Abou Zeïd, dont la mort a été confirmée par Paris samedi...

Alexandre Sulzer

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Photo distribuée par Aqmi d'un camp d'entraînement au Mali, en novembre 2010.
Photo distribuée par Aqmi d'un camp d'entraînement au Mali, en novembre 2010. — SIFAOUI MOHAMED/SIPA

Si son nom est méconnu du grand public, Yahia Abou El Hamam est le nouvel ennemi numéro 1 de la France. Agé de 34 ans, cet Algérien, dont le vrai nom est Djamel Okacha, vient de succéder à Abou Zeïd, dont la mort a été officialisée par l'Elysée samedi, à la tête d'Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) dans la zone sahélienne. C'est un proche d'Abdelmalek Droukdel, le numéro 1 d'Aqmi, basé en Kabylie, dont il a été l'artificier.

Un djihadiste martyriste

«Sa brigade, Al-Forqan, est une katiba de martyristes, décrypte Matthieu Guidère, professeur d'islamologie à l'université Toulouse-II. Son objectif est de mourir au combat en martyr.» D'où son goût prononcé pour les attentats-suicides qu'il a dirigés par le passé contre les forces de sécurité mauritaniennes. «Abou Zeïd, lui, privilégiait les enlèvements d'Occidentaux. Dans l'historique de ses discours et de ses actes, Yahia Abou El Hamam apparaît comme beaucoup moins anti-français. Il n'est pas convaincu que le kidnapping de civils fasse partie du djihad.»

Vers une réorganisation des groupes terroristes?

«Ça ne veut pas dire que ce soit la fin des prises d'otages pour autant, notamment dans un contexte où Aqmi est acculé», met en garde Jean-Charles Brisard, spécialiste du terrorisme. La nomination de Yahia Abou El Hamam prouve qu'il existe une volonté de «reprise en main d'Aqmi par Droukdel» avec qui il partage une application pragmatique de la charia. Les précédents mois avaient été marqués par des dissensions entre les différents émirs d'Aqmi avec notamment la défection de Mokhtar Belmokhtar. «Abou El Hamam a un profil unificateur qui explique qu'il ait été nommé gouverneur militaire de Tombouctou, explique Matthieu Guidère. Va-t-il pouvoir réorganiser les groupes terroristes? Vu son profil, oui.»

Sa priorité sera donc de coordonner l'action des combattants dont beaucoup ont rejoint aujourd'hui la Mauritanie, l'Algérie et le Niger. «Il faut le cibler rapidement sinon la situation de l'Afghanistan va se reproduire, met en garde Matthieu Guidère. En 2001, les Américains avaient détruit les islamistes. Mais six mois plus tard, le mollah Omar avait réussi à coordonner l'insurrection. »