Birmanie: Les tensions persistent, la communauté internationale s'inquiète

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Des groupes d'émeutiers arpentaient vendredi la ville de Meiktila, dans le centre de la Birmanie, où des violences entre bouddhistes et musulmans ont fait plusieurs morts ces derniers jours, laissant dans la rue des cadavres calcinés.
Des groupes d'émeutiers arpentaient vendredi la ville de Meiktila, dans le centre de la Birmanie, où des violences entre bouddhistes et musulmans ont fait plusieurs morts ces derniers jours, laissant dans la rue des cadavres calcinés. — Soe Than Win AFP

Des groupes d'émeutiers arpentaient ce vendredi une ville du centre de Birmanie où des violences entre bouddhistes et musulmans ont fait plusieurs morts ces derniers jours, alors que la communauté internationale multipliait les appels au calme.

Des quartiers entiers de la ville et plusieurs mosquées sont partis en fumée depuis deux jours. Et les rues de la ville étaient parcourues vendredi, après une deuxième nuit consécutive sous couvre-feu, par des groupes armés de bâtons et de couteaux, selon des journalistes de l'AFP sur place.

Un photographe a vu jeudi soir trois corps totalement calcinés dans la rue, au milieu de débris et d'habitations désertées.

Cinq morts et 39 blessés selon la presse officielle

«Beaucoup de gens ont été tués. On ne sait pas exactement combien. Nous avons peur et essayons de rester en sécurité à la maison», a indiqué à l'AFP par téléphone un résident. La brutale flambée de violences communautaires, la plus grave depuis celles survenues l'an dernier dans l'ouest du pays, a débuté mercredi à Meiktila par une querelle entre un vendeur musulman et des clients. Elle semble depuis avoir échappé au contrôle des forces de l'ordre.

A la mi-journée, après avoir été menacés par des émeutiers, plusieurs journalistes dont ceux de l'AFP ont dû être emmenés hors de la ville par les forces de sécurité. La presse officielle a fait état de cinq morts dont un moine bouddhiste et 39 blessés, tout en précisant que ce bilan s'arrêtait jeudi en début d'après-midi.

Des témoins, dont Win Htein, député de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi, avaient fait état jeudi pour leur part d'au moins dix victimes.

Le parlementaire a évoqué vendredi un bilan total de 25 morts, tandis que des habitants avançaient des chiffres plus élevés encore mais impossibles à vérifier. «Les émeutes se poursuivent ici et là. Il y a aussi des pillages», a indiqué Win Htein précisant que des centaines de musulmans avaient été regroupés dans des lieux sûrs.

L'ONU a lancé un appel au calme

Un officier de police a pour sa part indiqué que les forces de sécurité avaient reçu l'autorisation de faire usage de leurs armes en tirant sous la ceinture. «Même les policiers doivent sortir en groupe».

La communauté internationale a pris la crise très au sérieux, quelques mois seulement après les violences entre bouddhistes de l'ethnie rakhine et musulmans de la minorité apatride des Rohingyas, qui avaient fait plus de 180 morts et 115.000 déplacés dans l'Etat Rakhine en 2012. Ces violences avaient mis en lumière un racisme profondément inscrit dans une importante frange de la société, qui considère le bouddhisme comme partie intégrante de la culture nationale. Et les évènements de Meiktila semblent témoigner que les tensions dépassent désormais l'ouest du pays.

L'ONU a donc lancé dès jeudi un appel au calme et l'ambassadeur américain Derek Mitchell a soulevé ses inquiétudes auprès de hauts responsables birmans, selon un responsable du Département d'Etat à Washington.

Londres, ancienne puissance coloniale, est elle aussi intervenue.

«J'appelle toutes les parties à un arrêt immédiat des violences et exhorte le gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils et (...) s'attaquer à l'hostilité» à l'origine de cet embrasement, a déclaré le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Alistair Burt. Ces événements «montrent que la tension entre les deux communautés s'étend à d'autres parties du pays», a relevé de son côté Isabelle Arradon, d'Amnesty International.

«Il y a un véritable risque de nouvelles violences à moins que les autorités ne prennent des mesures immédiates pour protéger ceux qui sont en danger», a-t-elle ajouté.