Ruée vers l'or vert aux Etats-Unis

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La filière éthanol est devenue l'investissement chéri des milliardaires branchés. Bill Gates a investi 84 millions de dollars dans Pacific Ethanol, une entreprise qui compte construire six ou sept usines de transformation de céréales en carburant. Au début du mois, le milliardaire britannique Richard Branson, patron de Virgin, a annoncé le lancement de Virgin Fuels, consacré au développement de carburants alternatifs.

Dans leur sillage, une multitude d'investisseurs se lancent. Rien n'est plus tendance que « l'essence de maïs ». Cilion, une start-up californienne qui veut construire huit usines, a réussi à lever la somme record de 200 millions de dollars. Une quarantaine d'usines de production d'éthanol devraient aussi ouvrir dans le courant de l'année aux Etats-Unis, propulsant le pays en tête des pays producteurs devant le Brésil. La production devrait encore doubler l'année suivante, principalement dans des Etats comme la Californie, où l'on produit très peu de céréales alors que la production et une grande part de la consommation d'éthanol étaient jusqu'à présent l'apanage des plaines du Midwest.

Le problème pour Bill Gates et ses émules est que l'éthanol ne soulève pas l'enthousiasme général. De nombreux experts parlent même de bulle spéculative : l'éthanol ne serait viable économiquement que lourdement subventionné. « Et il est subventionné en raison du lobbying des céréaliers. Pas du tout parce qu'il est meilleur pour l'environnement. L'éthanol n'est pas meilleur pour l'environnement », martèle Charles Schumer, sénateur de New York, un des rares hommes politiques à critiquer les subventions accordées aux producteurs d'éthanol. La baisse du prix du pétrole de ces dernières semaines semble aussi avoir distillé le doute dans les esprits. Alors que deux compagnies de production d'éthanol ont fait une entrée triomphale en Bourse cet été, leurs actions ont depuis perdu la moitié de leur valeur.

A New York, Emmanuel Saint Martin