Otages au Sahel: La France ne versera plus de rançon, affirme François Hollande

MONDE Le chef de l'Etat l'a récemment signifié aux familles des otages français...

Corentin Chauvel

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François Hollande lors de son discours au sommet de l'Union européenne à Bruxelles, le 15 mars 2013.
François Hollande lors de son discours au sommet de l'Union européenne à Bruxelles, le 15 mars 2013. — Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

François Hollande a assuré début février qu'il n'y «avait pas de questions financières qui puissent être évoquées» concernant la libération des otages français retenus au Sahel. L'Etat refuse désormais non seulement toute transaction financière mais il «s'opposera à toute forme de versement», a indiqué un conseiller ministériel cité lundi par Le Monde.

Une position qui a déçu les familles des otages, reçues par le chef de l’Etat en janvier. François Hollande «nous a dit qu'il était impensable que l'on donne de l'argent à des organisations contre lesquelles nous sommes en guerre. Le changement de ton a été radical entre la précédente rencontre, en septembre, et celle-ci», a raconté au Monde Françoise Larribe, dont le mari est détenu depuis le 16 septembre 2010, évoquant également une discussion «tendue». «Les rançons sont une goutte d'eau dans le financement du terrorisme par rapport à la drogue dans cette région. Ma famille et moi considérons qu'il se fourvoie dans sa gestion des otages, je suis dégoûtée», a-t-elle ajouté.

Interrogé par RTL ce mardi matin, l'ancien Premier ministre François Fillon s'est dit «d'accord sur le principe» de ne pas payer de rançon, mais «il ne faut s'interdire aucune possibilité pour libérer ces gens et ses enfants». Jean-Pierre Verdon, le père d’un autre otage du Sahel, est plus mesuré. «Nos proches sont entre les mains d'une faction qui n'a ni foi ni loi. Nous, nous sommes au milieu, complètement ballotés par ces contradictions et c'est extrêmement difficile à vivre. Mais je ne peux prendre position sur une politique qui est un choix de l'Etat. Je n'ai pas la capacité de modifier les décisions de l'Etat», a-t-il déclaré, toujours sur RTL.

«On peut aller chercher l'otage de force»

La libération des otages par la force reste elle une option, selon le quotidien. «Ce n'est pas parce que l'on ne paie plus que l'on ne travaille plus. On peut travailler sur l'entourage familial du ravisseur, on peut lui mettre la pression en coupant ses soutiens, on peut s'appuyer pour cela sur les autorités locales, qui disposent d'autres leviers, et puis, si on a assez d'éléments, on peut aller chercher l'otage de force», confirme au Monde un agent de la DGSE. Là encore, au détriment des familles. «Les interventions militaires se soldent presque toujours par des échecs», estime Patricia Philibert, secrétaire générale de l'association Otages du monde, interrogée par Le Monde.

A l’heure actuelle, la situation des otages au Sahel reste toujours aussi floue. Jean-Pierre Verdon a indiqué que, d’après le ministère de la Défense, ils seraient dans le massif des Ifoghas, au nord du Mali, là même où l’armée française intervient actuellement. «Or on arrive à la fin de l'opération des Ifoghas et on n'a pas entendu parler des otages. On ne nous dit rien, les djihadistes ne parlent pas non plus, nous sommes dans un brouillard total et c'est insupportable à vivre», a-t-il souligné.