Vatican: Agenda chargé pour le nouveau pape François

RELIGION Rencontre avec les journalistes samedi, messe d'installation devant les chefs d'Etats mardi...

avec AFP

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Toujours simplement vêtu de blanc et avec des chaussures noires communes, Jorge Mario Bergoglio, élu par surprise mercredi, a aussi exhorté ses "frères" cardinaux à "trouver de nouveaux moyens pour porter l'Evangile jusqu'aux confins extrêmes" de la terre.
Toujours simplement vêtu de blanc et avec des chaussures noires communes, Jorge Mario Bergoglio, élu par surprise mercredi, a aussi exhorté ses "frères" cardinaux à "trouver de nouveaux moyens pour porter l'Evangile jusqu'aux confins extrêmes" de la terre. — - OSSERVATORE ROMANO

Un agenda bien rempli attend dès vendredi matin le pape François qui doit recevoir l'ensemble du collège cardinalice au lendemain de l'appel à la purification de l'Eglise et à l'obéissance au Christ qu'il a lancé au cours de sa première messe à la Chapelle Sixtine.

 

 

 

L'Eglise «n'est qu'une ONG» si elle ne professe pas Jésus et n'accepte pas de porter sa croix, a lancé en termes plutôt directs le pape argentin aux 114 cardinaux électeurs réunis jeudi après-midi dans la Chapelle Sixtine.

Dans son homélie de dix minutes, le pape âgé de 76 ans, premier jésuite à monter sur le trône de Pierre, a aussi appelé les cardinaux, les évêques et tous les prêtres à «cheminer, édifier, professer» leur foi. Mais tout cela n'est que «mondain» si ce n'est pas ancré dans le Christ, a-t-il martelé.

Après la messe, l'ancien cardinal Bergoglio s'est rendu au troisième étage du Palais apostolique afin d’ôter les scellés apposés sur les portes d’accès aux appartements pontificaux, où il prévoit de s'installer rapidement, a annoncé le Vatican.

Il veut améliorer les relations avec les Juifs

Dans la matinée, Jorge Mario Bergoglio, jusqu'alors archevêque de Buenos Aires, avait prié la Vierge Marie lors d'une très discrète visite «privée» dans la basilique Sainte-Marie-Majeure.

Vêtu d'une soutane blanche, souriant et chaleureux, il a déposé un simple bouquet de fleurs, puis a salué personnellement, un à un, les confesseurs dans la basilique : «Vous êtes des confesseurs, alors soyez miséricordieux envers les âmes, elles en ont besoin», leur a-t-il recommandé.

«C'était une rencontre émouvante, pleine de bonté et d'humilité», a commenté le père Ludovico Melo, l'un des participants.

Sur le plan des rapports inter-religieux, il a adressé au chef de la communauté hébraïque de Rome une courte missive où il a exprimé son souhait de contribuer au «progrès des relations entre juifs et catholiques».

 

Issu d'Amérique latine, le continent le plus catholique du monde, le nouveau pape a choisi le nom de François, du nom de l'un des saints les plus populaires du christianisme : Saint François d'Assise, qui abandonna ses richesses pour vivre dans la pauvreté.

«C'est un message d'espoir pour les masses déshéritées du Tiers Monde avec un pape qui connaît de près leur condition», souligne le vaticaniste Marco Politi.

Imprimant dès les premières heures de son pontificat un total détachement vis à vis des ors du pouvoir, le nouveau pape a pris son petit-déjeuner avec six autres cardinaux. La veille, il avait refusé la voiture spéciale qui devait le reconduire de la basilique à la maison Sainte-Marthe, entrant dans le minibus avec ses «frères» cardinaux qui l'ont élu pape à l'issue de cinq scrutins, au cours de l'un des conclaves les plus courts de l'histoire.

Lors de sa première apparition publique au balcon de Saint-Pierre mercredi soir, il a rappelé un peu l'humour de Jean Paul II avec sa boutade - «On dirait que mes frères cardinaux sont allés prendre l'évêque de Rome presque au bout du monde» - et la bonhomie et l'humilité de Jean XXIII, y compris dans la tonalité de sa voix, quand il a dit «Bonne nuit».

Un pape doté d'un grand sens de l'humour

Un geste surtout a été retenu, qui restera dans l'histoire: «Je veux vous demander une faveur, avant de vous donner ma bénédiction, je vous demande votre prière, qui est la bénédiction du peuple pour son évêque». Et il s'est incliné.

Autre preuve de son humour: «Après le conclave, il y a eu un dîner joyeux à la maison Sainte-Marthe» où logeaient tous les cardinaux ayant participé à l'élection du pape, «et à la fin au cours d'un toast il a dit aux cardinaux : 'que Dieu vous pardonne pour ce que vous avez fait'», a rapporté le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi.

Le nouveau pape a également un agenda chargé pour les jours à venir. Après avoir reçu l'ensemble du collège cardinalice dans la salle Clémentine, le nouveau pape doit rencontrer samedi les journalistes et les responsables de la communication.

Dimanche, il récitera le traditionnel Angélus depuis l'appartement papal. Enfin, la messe d'installation du pontificat --où sont attendus chefs d’État et de gouvernement-- aura lieu mardi dans la basilique Saint-Pierre.Benoît XVI n'y assistera pas, fidèle à sa volonté de se retirer complètement. Lundi, le nouveau pape rencontrera des délégations des autres Églises chrétiennes venus pour sa messe d'inauguration.

Un agenda bien rempli pour cet homme de 76 ans. En ce qui concerne sa santé, «on lui a enlevé une partie d'un poumon il y a de nombreuses années», a indiqué le père Lombardi, tout en ajoutant que ce n'était «pas une cause de handicap».

Seule ombre au tableau de cette première journée: l'élection d'un Argentin a fait ressurgir la controverse sur l'attitude de l'Eglise argentine pendant les années de dictature (1976-1983).

Les détracteurs de Jorge Bergoglio stigmatisent son rôle dans la disparition de deux missionnaires jésuites, Orlando Yorio et Francisco Jalics, emprisonnés le 23 mars 1976, puis torturés dans un centre de détention connu pour sa cruauté, l'Ecole de mécanique de l'armée (ESMA). Ils avaient été libérés cinq mois plus tard.

Jorge Bergoglio a toujours nié toute responsabilité, soutenant avoir interpellé à l'époque le chef de la junte militaire, Jorge Videla, pour obtenir leur libération.

A Buenos Aires, un groupe d'une quarantaine de militaires poursuivis pour des crimes commis sous la dictature sont apparus jeudi à leur procès en arborant des cocardes du Vatican, pour saluer l'élection la veille du cardinal argentin.