Surayud Chulanont, un homme populaire et intègre

— 

Surayud Chulanont, le général à la retraite qui s'est vu confier le poste de Premier ministre par la junte en Thaïlande, est un conseiller du roi et un militaire de carrière qui, paradoxalement, avait préconisé une réduction du rôle de l'armée dans les affaires politiques.
A 63 ans, il a été chargé par les putschistes qui ont renversé le 19 septembre le Premier ministre Thaksin Shinawatra de diriger un gouvernement intérimaire et de superviser un processus de réformes censé aboutir, fin 2007, au retour de la démocratie après des élections.
Il est le petit-fils du leader d'un coup d'Etat en 1933 et le fils d'un officier qui, déçu par l'armée, avait rejoint la guérilla communiste dans les années 1960.

Présenté comme un homme populaire et intègre, Surayud réussira peut-être à marier son expérience militaire avec une réputation de leader "éclairé", estiment des commentateurs politiques, alors qu'Américains et Européens suivent de près la situation en Thaïlande, pays-clé d'Asie du Sud-Est où le putsch pourrait constituer un dangereux précédent.
Surayud a affirmé qu'il avait tiré les leçons des troubles qui avaient suivi un coup d'Etat --plus sanglant-- il y a une quinzaine d'années à Bangkok lorsque la troupe avait ouvert le feu et tué des dizaines d'étudiants le 17 mai 1992.
"Tout ça m'a convaincu que l'armée ne devrait jamais être impliquée dans la politique", avait-il dit au magazine Time.

Des soldats qui étaient sous le commandement de Surayud avaient semble-t-il participé aux violences mais celui qui était à l'époque chef des forces spéciales avait déclaré n'avoir jamais donné l'ordre de tirer. "Quand je repense à ce mois de mai sanglant, j'ai du regret. C'est une balafre pour l'armée".
En 1998, Surayud était devenu commandant-en-chef de l'armée et avait été chargé de remettre de l'ordre dans une institution connue pour ses tendances putschistes.
L'armée avait alors la réputation d'entretenir toutes sortes de trafics et de réseaux criminels, et de commettre des abus en toute impunité.
Surayud avait demandé aux soldats de respecter la Constitution et la loi. De l'avis général, il a réussi à professionnaliser l'armée et à la rendre populaire, ce qui a été confirmé lorsque des milliers d'habitants de Bangkok ont accueilli les putschistes du 19 septembre avec des fleurs.
Né le 28 août 1943, Surayud, le plus jeune de trois enfants d'une famille de militaires, a été profondément marqué par l'expérience de son père qu'il n'a vu que très peu dans sa vie. Alors qu'il étudiait, son père, le lieutenant Payom Chulanont, avait quitté l'armée et sa famille pour rejoindre des rebelles communistes dans le nord-est du pays.
Lorsque Surayud s'était retrouvé lui-même à la tête de forces antiguérilla dans les années 1960, il craignait de se retrouver face à face avec son père, peut-on lire dans sa biographie.
Le père et le fils ne sont jamais rencontrés sur un champ de bataille mais la dernière fois qu'ils se sont vus remonte à 1981, lorsque le vieil homme était mourant en Chine.
Pour faire ce voyage, Surayud avait demandé une autorisation spéciale au Premier ministre de l'époque, le général Prem Tinsulanonda, aujourd'hui président du "Conseil privé" du roi, avec lequel il a gardé des relations étroites.
Surayud, qui a servi 38 ans dans l'armée, avait pris sa retraite en 2003 après être entré en conflit avec M. Thaksin.
Plutôt que de s'exprimer publiquement, il avait rejoint pendant trois mois des moines bouddhistes avant d'être intégré dans le comité des conseillers du roi.
Au cours de sa carrière, Surayud a suivi une formation militaire aux Etats-Unis et a commandé des troupes dans des régions sensibles aux frontières avec la Birmanie et le Cambodge.
Surayud, deux fois marié et père de trois garçons, a une réputation d'homme discret et aimant la nature. Dans sa biographie, des photos le montrent en tenue de combat dans la jungle mais il est souvent apparu en civil ces derniers jours.