«Le risque d'implosion de l'Eglise est réel»

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Qu'est-ce que l'élection d'un pape issu d'un pays du Sud peut changer pour les Européens ?

Cela nous décentre : l'avortement ou le mariage gay sont moins la priorité aux yeux de ce pape que la lutte contre les injustices dans la mondialisation, car les deux tiers du 1, 2 milliard de fidèles sont issus des pays du Sud. Il risque donc d'y avoir une petite déception en Europe.

Vous plaidez pour la reconnaissance de la place des femmes dans l'Eglise. Que peut faire François sur ce point ?

Les jésuites se sont engagés à œuvrer pour donner une place éminente aux femmes. Si le pape François est un vrai jésuite – et il l'est –, j'ai bon espoir. Avec un bémol : la papauté est sexiste, et risque de le demeurer.

Pourra-t-il mettre en œuvre les réformes dont l'Eglise a besoin ?

Je le souhaite. Avec le pape François, l'Eglise passe d'une période de glaciation à une forme d'ouverture. Le risque, c'est, à l'instar de l'URSS avec Mikhaïl Gorbatchev, que cette transparence fasse imploser l'Eglise. A Rome, beaucoup ont peur de ça. Ce risque est réel.

Propos recueillis par Faustine Vincent