Développement: la classe moyenne des pays du Sud a plus que doublé en 20 ans

DEVELOPPEMENT Dans son rapport 2013 publié ce jeudi, le Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD) révèle l’essor « à une vitesse et à un niveau sans précédent » des pays du Sud...

Faustine Vincent

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Le monde tel qu’on le conçoit encore aujourd’hui, où le Nord tout-puissant aurait la mainmise sur un Sud sous-développé, est obsolète. C’est l’une des conclusions du rapport 2013 du Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD), dévoilé ce jeudi à New York. «La carte mondiale géopolitique s’est totalement transformée, explique Najat Rochdi, directrice adjointe du bureau du PNUD à Genève. On le voyait déjà avec les pays des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), mais le rapport démontre que ça va au-delà. L’émergence d’autres pays bouleverse les équilibres mondiaux et il faudra en tenir compte».

«L’essor du Sud se produit à une vitesse et à un niveau sans précédent», souligne le document. Entre 1980 et 2010, la part des pays en développement dans le commerce mondial est ainsi passée de 25% à 47%, tandis que leur part dans la production mondiale est passée de 33 à 45%. Les échanges Sud-Sud se sont également intensifiés, passant de 8,1% à 26,7%, et devraient bientôt dépasser les échanges Nord-Sud. 

Selon les prévisions du rapport, la production économique combinée des trois pays en développement que sont le Brésil, la Chine et l’Inde dépassera à elle seule la production cumulée du Canada, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Royaume-Uni et des Etats-Unis en 2020. En 2050, ces trois pays devraient représenter 40% de la production mondiale, contre 10% en 1950. «On aurait jamais pu imaginer ça il y a dix ans», relève Najat Rochdi. Ce retournement s’explique notamment par le coup d’arrêt qu’a subi la croissance des économies développées avec la crise financière de 2008-2009, alors que celle des pays en développement s’est poursuivie.

L’extrême pauvreté est passée de 43,1% en 1990 à 22,4% en 2008

Les avancées enregistrées dans les pays en développement ne sont pourtant pas qu’une affaire de PIB et d’échanges commerciaux. L’indice de développement humain (IDH, calculé à partir de la longévité, du niveau d’instruction et de la maîtrise des ressources nécessaires pour un niveau de vie décent) a lui aussi fait des «progrès significatifs» depuis 1990, relève le rapport. Santé, éducation, transports, télécommunications et niveau de vie se sont améliorés. La proportion de personnes vivant dans l’extrême pauvreté est ainsi passée de 43,1% en 1990 à 22,4% en 2008. La classe moyenne des pays du Sud, mieux éduquée et plus à même de jouer un rôle en faveur du développement, a quant à elle bondi de 26% à 58% ces vingt dernières années.

Ces progrès en matière de développement humain sont «extraordinaires», estime le PNUD. L’organisation appelle toutefois à une plus grande équité, et précise que tous les pays en développement ne sont pas concernés par cet essor. «Le changement est plus lent dans la plupart des 49 pays les moins avancés, en particulier ceux qui sont enclavés géographiquement ou sont éloignés des marchés mondiaux».

Comment les autres sont-ils parvenus à améliorer leur sort? Le PNUD a observé trois moteurs principaux: implication de l’Etat sur le long terme (et non à court terme en fonction d’échéances politiques) en matière de développement, accès aux marchés mondiaux (intégration par étapes à l’économie mondiale, création d’emplois) et innovation en matière de politique sociale avec l’investissement massif dans le secteur public, notamment sur la santé et l’éducation. «On rabâche le même message depuis 50 ans et on va encore le faire ces 50 prochaines années: c’est en investissant sur le capital humain qu’on atteint le progrès», affirme Najat Rochdi.

«Ne pas voir les pays du Sud comme une menace»

Face à cette nouvelle configuration économique et géopolitique mondiale, le PNUD appelle à une réorganisation des instances globales afin que les pays du Sud soient mieux représentés. «Le Nord ne doit pas les voir comme une menace, mais comme une opportunité pour développer des partenariats», insiste Najat Rochdi. Le rapport cite le Qatar, dont les partenariats avec les pays développés se sont multipliés. Pas sûr que cet exemple soit de nature à rassurer les pays du Nord, au moment où l’appétit du Qatar, en France notamment, est parfois jugé un peu trop vorace. «Je ne défends pas le positionnement politique du Qatar ni celui des autres pays, répond prudemment la directrice adjointe. Le PNUD apporte des faits et des éléments statistiques. Libre à chacun ensuite de les interpréter comme il l’entend».