En Syrie, la guerre d'usure continue

CONFLIT Deux ans après son commencement, le soulèvement est dans l'impasse...

Faustine Vincent

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Des combattants de l'Armée syrienne libre à Alep, en Syrie, le 12 mars 2013.
Des combattants de l'Armée syrienne libre à Alep, en Syrie, le 12 mars 2013. — TOMADA SEBASTIANO/SIPAUSA/SIPA

Le soulèvement pacifique entamé le 15 mars 2011 en Syrie a laissé place, deux ans après, à un statu quo meurtrier entre le régime de Bachar al-Assad et ses opposants. Une impasse dont la population est la première victime: selon l'ONU, le conflit a déjà fait au moins 70.000 morts, un million de réfugiés et 2, 5 millions de déplacés à l'intérieur du pays.

«C'est une guerre d'usure entre un pouvoir barbare, qui utilise la force sans proposer d'alternative, et une opposition hétéroclite [le Conseil national syrien, CNS] incapable de récolter les fruits du soulèvement», explique Khattar Abou Diab, enseignant à l'université Paris-Sud.

Rivalités régionales

Dans le pays, devenu le champ de bataille des rivalités des puissances régionales, la chute à moyen terme du régime syrien, affaibli, ne fait cependant pas de doute à ses yeux. «Ce qui le maintient, c'est le soutien de la Russie, de la Chine et de l'Iran», rappelle le chercheur. De leur côté, la Turquie et le Qatar soutiennent l'opposition. Celle-ci est parvenue à prendre le contrôle d'environ un tiers du territoire, mais réclame depuis des mois la levée de l'embargo sur les armes pour accélérer la chute du régime. La France, premier pays européen à avoir reconnu la légitimité du CNS, a plaidé en ce sens lundi à Bruxelles face à ses partenaires européens. Elle s'est heurtée à l'Allemagne, qui redoute que la livraison d'armes à l'opposition puisse favoriser leur prolifération dans la région et déclencher une guerre par procuration.

«La communauté internationale va devoir faire preuve de créativité et de plus de volonté pour trouver une issue au conflit», avertit Khattar Abou Diab. D'autant que, plus le temps passe, plus la situation humanitaire s'aggrave, plus les djihadistes se renforcent, plus les conflits interconfessionnels risquent de s'accroître et plus l'Etat, émietté, sera difficile à sauver.

■ Enfants

«Une génération entière d'enfants syriens risque d'être [sacrifiée]», s'alarme l'Unicef dans un rapport publié mardi. Or, sur les 195 millions de dollars réclamés par l'organisation pour les aider jusqu'en juin 2013, seuls 20% ont été recueillis.