Lula ou le pragmatisme syndical au sommet de l'Etat

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Les élections générales, dont le scrutin présidentiel, auront lieu au Brésil le 1er octobre, avec un possible deuxième tour à la fin du mois. Le président Luiz Inacio Lula da Silva, candidat à un second mandat de quatre ans à partir du 1er janvier 2007, reste favori dans les sondages.
Les élections générales, dont le scrutin présidentiel, auront lieu au Brésil le 1er octobre, avec un possible deuxième tour à la fin du mois. Le président Luiz Inacio Lula da Silva, candidat à un second mandat de quatre ans à partir du 1er janvier 2007, reste favori dans les sondages. — Mandel Ngan AFP

Luiz Inacio Lula da Silva a mis en application à la tête de l'Etat brésilien son pragmatisme d'ancien dirigeant syndical pour gagner la confiance des milieux économiques tout en élargissant son soutien populaire parmi les plus pauvres.
En quatre ans, son premier mandat a été entaché par des scandales. Mais, contrairement aux prévisions de l'opposition, il en est sorti renforcé, en n'hésitant pas, pour se "blinder", à se débarrasser de nombre de ses collaborateurs les plus proches.
Grâce à la poursuite de la stabilisation économique et à ses programmes d'aide sociale, Lula reste favori à la réélection le 1er octobre, malgré le scandale du dossier anti-opposition dans lequel sont impliqués plusieurs membres de son entourage.
Il y a une semaine, Lula avait enregistré son plus fort taux de popularité depuis son arrivée au pouvoir. Il avait pu alors pu mesurer le chemin parcouru depuis un jour d'août 2005, où il avait été contraint de demander "pardon" au peuple brésilien pour un scandale de corruption, tout en assurant qu'il avait été "trahi".
L'affaire du paiement illicite de députés contre un soutien politique avait conduit à la démission du gouvernement de son bras droit José Dirceu, à celle des principaux dirigeants de son Parti des travailleurs (PT) et l'avait fait chuter dans les sondages.
Au bord de la démoralisation, Lula a repris le dessus à partir du mois de décembre en se lançant, avec plusieurs mois d'avance dans la campagne pour sa réélection, puisant une nouvelle énergie dans un corps à corps avec les électeurs.
"Ils s'imaginaient qu'ils nous avaient massacrés avec des infamies, avec des calomnies (...) Il y a eu des gens pour dire qu'il fallait faire saigner le président jusqu'à la mort. Mais j'ai été demander avec humilité une goutte de sang du peuple brésilien et aujourd'hui je suis plus jeune que quand ils ont commencé (leurs attaques)".
Sa détermination a surpris jusqu'à son médecin personnel, le Dr Roberto Kalil, qui avait tenté de le dissuader de se lancer à 60 ans dans un régime alimentaire drastique à l'approche des échéances électorales.
Mais début 2006, un Lula nouveau est apparu, de 15 kilos plus léger et un visage plus lisse et moins sévère, résultat selon la presse de discrètes injections de botox.
Accélération des programmes d'aide sociale, lancement de travaux routiers, inaugurations, Lula a utilisé sans complexe toutes les facilités que donne l'exercice du pouvoir pour regagner le terrain perdu.
Mais il a aussi multiplié les contacts avec la population. Lors de ses nombreux déplacements, il aime à rappeler qu'il est fils d'une mère analphabète, né dans le nord-est pauvre, et qu'il est monté à l'âge de 7 ans avec toute sa famille vers Sao Paulo pour pouvoir survivre.
Il touche les foules quand il raconte, de sa voix profonde et un peu rauque, que depuis qu'elle a la lumière grâce au programme "Electricité pour tous", une femme se lève 3 ou 4 fois la nuit pour voir son enfant dormir, spectacle qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de savourer auparavant. Il dit qu'il a pleuré quand il a entendu cela.
Les sondages donnent Lula réélu dès le premier tour, avec des taux allant jusqu'à 70% dans le nord-est pauvre dont il est issu.
"J'ai perdu trois élections parce que le peuple avait peur de moi. Il ne croyait pas en quelqu'un qui était son égal. Et maintenant, je gagne parce que le peuple a découvert qu'un égal peut faire pour lui ce qu'un autre ne parvenait pas à faire", s'est-il félicité.
L'affaire du dossier anti-opposition, très mal tombée à quelques jours du scrutin, le met de nouveau à l'épreuve.
Lula applique les mêmes recettes que lors du précédent scandale: il s'est immédiatement débarrassé de son chef de campagne, Ricardo Berzoini, président du PT et de sept autres personnes dont quatre de ses collaborateurs les plus proches.
Il s'est d'abord dit "triste et angoissé". Mais, pour la dernière ligne droite, Lula est reparti à l'assaut.
"Cette campagne est celle du peuple travailleur contre l'élite aristocratique", a-t-il assuré dimanche lors d'un meeting à Sorocaba, dans l'Etat de Sao Paulo. "Ils ont peut-être lu plus que moi, mais ils n'ont pas réussi à comprendre l'âme du peuple comme je la comprends".