Le chavisme sans Chavez

VENEZUELA Le «Comandante» est mort mardi des suites d'un cancer...

Faustine Vincent
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Dans les rues de Caracas, la capitale vénézuélienne, mardi.
Dans les rues de Caracas, la capitale vénézuélienne, mardi. — C. G. RAWLINS / REUTERS

Le chavisme peut-il survivre à Chavez? Dans la rue, des Vénézuéliens éplorés ont juré que l'idéologie politique du «Comandante», mort mardi des suites d'un cancer, ne disparaîtrait pas et que «la lutte [allait] continuer». Difficile pour autant d'imaginer que le chavisme, fondé sur l'anti-impérialisme et l'anticapitalisme, subsiste tel quel en l'absence de son inspirateur.

L'économie ne suit plus

«Il n'y a pas de chavisme sans Hugo Chavez, affirme Alain Musset, chercheur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Le président vénézuélien avait un tel charisme que personne ne pourra le remplacer dans ce domaine». Le vice-président et favori pour la succession, Nicolas Maduro, effacé et modéré, ne prétend même pas essayer. Le mouvement pourrait donc pâtir de la perte de son leader, dont la forte personnalité a permis de faire exister le Venezuela sur le plan international et de rallier plusieurs pays d'Amérique du Sud à sa vision anti-impérialiste.

Sur le fond, le «socialisme du XXIe siècle», dont Hugo Chavez s'est fait le chantre – un nouveau modèle économique financé par les revenus du pétrole en faveur des plus défavorisés – pourrait en revanche se perpétuer sans lui. En quatorze ans de pouvoir, le chef de l'Etat a ainsi réussi à faire tomber le taux de pauvreté de 49% en 1998 à 27% aujourd'hui. «La révolution bolivarienne de Chavez a permis de redistribuer à la population les revenus de l'or noir jusque-là captés par une élite. Mais son successeur aura-t-il les moyens de la poursuivre ? s'interroge Alain Musset. L'économie s'est grippée depuis plusieurs années et la rente pétrolière [dont le pays dépend totalement] ne suffit plus.» Le vainqueur de la présidentielle devra relever ces défis économiques. Si c'est Nicolas Maduro, ce sera sans doute d'autant plus difficile qu'il entend maintenir le cap fixé par Hugo Chavez en matière de politique économique, contrairement à l'opposition. «On entre de toute façon dans une période d'incertitude, liée au caractère exceptionnel du personnage, relève Alain Musset. Le mot chavisme peut rester, mais la substance va différer un peu.»

 

Un deuil national de sept jours

La dépouille du président vénézuélien, décédé à 58 ans après deux ans  de bataille contre un cancer, va être transférée mercredi  dans une académie militaire, où elle sera exposée jusqu'aux obsèques prévues vendredi. Un deuil national de sept jours a été décrété.