Djihadisme: Qui sont les nouveaux ennemis de la France?

Alexandre Sulzer

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La France n'acceptera pas que sa politique soit "dictée à l'extérieur", a dit vendredi la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, après un message d'Aqmi prévenant que Paris devait négocier la libération des otages au Mali avec Oussama ben Laden.
La France n'acceptera pas que sa politique soit "dictée à l'extérieur", a dit vendredi la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, après un message d'Aqmi prévenant que Paris devait négocier la libération des otages au Mali avec Oussama ben Laden. — Thomas Coex afp.com

S’il n’est toujours pas établi que les chefs d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) Abdelhamid Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar ont été tués – l’incertitude concernant le premier diminue toutefois au fil des jours – une question se pose: la France a-t-elle neutralisé les leaders djihadistes ou en reste-t-il? L’amiral Edouard Guillaud, chef d’Etat-major des armées, a apporté un début de réponse lundi matin en affirmant, au micro d’Europe1, qu’il «y en a au moins un»: Yahya Abou El-Hammam. Cet Algérien de 35 ans a été nommé en octobre 2012 chef d’Aqmi pour l’ensemble de la zone sahélienne. «Il est le numéro deux d’Aqmi et en réalité, le patron d’Abou Zeid et Belmokhtar», explique Matthieu Guidère, professeur d’islamologie à l’université Toulouse-II.

A la tête de la brigade Al-Forqan (au sens littéral le sabre qui tranche, la vérité au sens métaphorique), il se trouverait actuellement au Nord-Ouest du Mali, loin des violents combats engagés aujourd’hui dans l’Idrar des Ifoghas (Nord-Est du Mali). En le désignant nommément, l’armée française laisse entendre qu’elle pourrait diriger des opérations contre lui à l’avenir. «La France a commencé par les numéros 4 et 3 et remonte l’organigramme, note Matthieu Guidère. Cela s’explique car c’est une guerre menée pour l’opinion publique française et qu’Abou Zeid et Belmokhtar étaient connus pour leurs enlèvements de ressortissants français.»

Le numéro 1 d’Aqmi en Algérie

Ce qui n’est pas le cas de Yahya Abou El-Hammam dont l’agenda politique est local. Ce qui ne le rend pas moins dangereux aux yeux de Paris car «il peut reconstituer des réseaux», selon le spécialiste. Toujours dans la nature également, le numéro 1 d’Aqmi, Abdelmalek Droukdel. Lui se cacherait dans le maquis en Kabylie, sur la bande côtière algérienne, loin du Sahel. Hors d’atteinte donc de l’armée française. «D’autres nous intéressent particulièrement parce que ce sont les patrons de tout ce qui est logistique», a indiqué lundi, sans plus de précisions, l’amiral Guillaud.

Plusieurs chefs de katibas [brigades] sont notoirement connus pour être toujours engagés dans les combats contre les Français au Mali. Parmi eux, le Mauritanien Hamada Ould Mohammed Kheirou alias Abou Ghoum-Ghoum, fondateur du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) qui opérerait également dans le Nord-Ouest du Mali. Son acolyte, Abou al-Walid Sahraoui, dirigerait les combats du Mujao dans la région de Gao. Il pourrait détenir l’un des otages français, Gilberto Rodrigues Leal.

Les ennemis touaregs

Les autres chefs djihadistes sont touaregs. Omar Ould Hamaha, 50 ans, après avoir fait sécession du Mujao, a créé sa propre brigade Ansar Al-charia. Surnommé «le barbu rouge», ce francophone combattrait encore dans la zone de Konna et Diabali, derrière les lignes françaises. Abdelkrim Taleb, alias Hamada Ag Hama,  est à la tête de la brigade Al-Ansar qui agit dans la région de Gao et Kidal. C’est lui qui serait derrière l’enlèvement de Serge Lazarevic et Philippe Verdon. Son oncle, Iyad ag Ghali, numéro 1 d’Ansar Dine, semble avoir disparu du terrain d’opérations pour se réfugier à l’étranger. Un dernier groupe touareg, fondé en avril 2012, se bat dans les environs de Kidal: il s’agit de la brigade Youssef Ibn Abdel Tachfine dirigée par Abou Abdelhakim al-Kayrawani. «Chaque brigade comprend entre 100 et 300 combattants, précise Matthieu Guidère. Tous ces chefs sont dans le viseur de l’armée française qui les a localisés et a leur biométrie locale. Elle n’attend qu’un signal d’eux pour les éliminer.»