Nouveaux combats au Mali: La guerre éclair qui dure

INTERNATIONAL Alors que les soldats maliens tiraient à l'arme lourde sur la mairie de Gao où sont retranchés des islamistes ce vendredi, la France maîtrise-t-elle toujours la situation?...

A.D. avec agences
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Combats dans les rues de Gao le 21 février 2013
Combats dans les rues de Gao le 21 février 2013 — Joe Penney/ Reuters

Au Mali, les affrontements ont repris depuis lundi. L'Armée française a annoncé avoir tué plus d'une vingtaine d'islamistes depuis cette date. Une nouvelle phase du conflit a été entamée: des combats au sol de djihadistes dans le massif des Ifoghas.

Que s’est-il passé ce vendredi?

La rébellion touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), qui collabore avec l'armée française dans le nord-est du pays, a été la cible ce vendredi d'un attentat-suicide qui a fait cinq morts à Inhalil, non loin de Tessalit.

L'information a été confirmée par un responsable du MNLA à Ouagadougou, Mohamed Ibrahim Ag Assaleh. Il a accusé le groupe islamiste Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) d'être à l'origine de cet attentat.

En même temps  des soldats maliens ont tiré à l'arme lourde sur la mairie et le palais de justice de Gao où s'étaient retranchés la veille des islamistes armés lors de violents combats avec l'armée malienne, appuyée par l'armée française.



Quel est la position des forces françaises?

La «dernière phase» de l’intervention de l’armée française a débuté mardi. Baptisée Panthère IV, l’opération aéro-terrestre vise à localiser et neutraliser  les combattants islamistes, en les empêchant de fuir vers l’Algérie proche.

«Si on veut chercher des individus, si on veut chercher des groupes, si on veut leur faire vraiment du mal, on est quand même obligés d’aller les chercher au sol. D’aller les traquer, pour ensuite éventuellement les détruire, par le moyen aérien, notamment les hélicoptères», expliquait ce mardi le colonel Michel Goya, directeur d'étude à l'Institut de Recherche Stratégique de l'Ecole Militaire à Paris au micro de RFI

Selon l'armée française, entre quinze et vingt islamistes ont été tués –on estime qu’ils sont encore plusieurs centaines, deux soldats français ont été «très légèrement blessés» et «quatre soldats maliens auraient été blessés» jeudi au cours des combats qui ont eu lieu à Gao.

Quel est l’objectif des rebelles?

Il semble que les rebelles cherchent à protéger certains sites, notamment des réserves de carburants. Les islamistes risquent aussi de se montrer offensifs et d’essayer de toucher les intérêts français par des modes d’action indirects.

Le Mujao, un des groupe islamiste armé, a occupé Gao pendant neuf mois en 2012 avant qu'elle ne soit reprise par les armées française et malienne le 26 janvier. Le groupe affirme y avoir envoyé des combattants pour la «libérer des mécréants». «La bataille» ne fait «que commencer» pour reconquérir Gao, Kidal et Tombouctou a déclaré le Mujao qui avait également revendiqué un attentat près d’un camp de militaires français et tchadiens, à Kidal jeudi.

Aux côté de qui combattent les soldats français?

Les Français sont toujours aux côtés de forces maliennes ou tchadiennes.

D’autre part, un porte-parole de l'armée française, interrogé jeudi sur une éventuelle collaboration avec le MNLA, a déclaré «se coordonner» effectivement avec «les groupes qui ont les mêmes objectifs» que Paris. Le MNLA, laïc, qui avait lancé une offensive en janvier 2012 dans le nord du Mali contre l'armée malienne avec les groupes islamistes armés, avait très vite été évincé par eux. Il a ensuite changé de camp à la faveur de l'intervention française.

L’opération va-t-elle durer longtemps?

L’opération éclair présentée début janvier par les autorités françaises n’est pas encore sur le point de se terminer. La situation au Mali n'est «pas du tout stable», a déclaré vendredi le chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) au Mali et au Niger, alors que l'ONU a dénoncé des «informations horrifiantes» en matière de droits de l'homme.

Pour le colonel Michel Goya, l’opération Panthère IV devrait durer «au moins le temps que l’on trouve nos otages, et puis le temps d’éliminer les bandes d’Aqmi».  Le risque d’enlisement n’est pas à exclure, face à des «adversaires un peu insaisissables, qui auraient la capacité de franchir assez facilement les frontières. Et donc, on peut s’engager sur quelque chose qui peut être très long».