Otages enlevés au Cameroun: Des militaires français dépêchés sur place

MONDE Il s'agit de forces spéciales selon les autorités camerounaises, de gendarmes selon Paris...

Maud Pierron

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CAMEROUN, parc national de Waza, le 24 mai 2010
 
CAMEROUN, parc national de Waza, le 24 mai 2010   — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Au lendemain du rapt de sept Français dans l’extrême nord du Cameroun, la situation est toujours aussi floue. L’enlèvement n’a été revendiqué par aucun groupe mais, d’après les autorités camerounaises, les ravisseurs et leurs otages ont passé rapidement la frontière avec le Nigeria, fief de la secte islamiste Boko Haram. Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a par ailleurs laissé entendre que des éléments indiquaient que le groupe pouvait être à l’origine de l’acte. Un autre groupe islamiste, Ansaru, a revendiqué en décembre l'enlèvement du seul otage français kidnappé au Nigeria et celui de sept autres étrangers capturés dimanche dernier.

D’après BFM-TV, les ravisseurs ont passé la frontière en voiture mais, dans cette zone marécageuse, le véhicule s’est embourbé. Le groupe, lourdement armé d’après des témoins, a alors braqué une Peugeot 504 pour voler le véhicule. «Nos forces, et celles du Nigeria, ont été placées en alerte, mais avant qu'elles aient pu réagir, les ravisseurs avaient disparu», a expliqué le secrétaire d'Etat camerounais aux Affaires étrangères Joseph Dion Ngute dans un communiqué.

Enlèvement «odieux»

D’après le gouverneur de la province du Grand nord camerounais, les otages auraient été localisés dans une zone se trouvant à la frontière du Cameroun et du Nigeria, entre Gamba et Maiduguri. Toujours d’après cette source, un hélicoptère de l’armée française aurait décollé du Tchad pour se rendre sur place. Et des agents de la DGSE se seraient également rendus sur place. Le ministère français de la Défense a démenti ces informations provenant des autorités locales et parle de «rumeurs infondées». En revanche, le ministère a annoncé que des gendarmes français stationnés au Tchad s’étaient rendus sur le lieu du rapt mardi pour effectuer les premières constatations et qu’ils sont revenus ce mercredi. Le tout sous la protection de l’armée camerounaise et française.

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«Nous faisons tout, avec l'aide des autorités du Cameroun et du Nigeria, pour retrouver nos compatriotes», a déclaré Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement. Elle a souligné que François Hollande a qualifié d’«odieux» cet enlèvement car «c’est la première fois que des enfants sont pris en otages».

Interrogé sur un éventuel lien entre le rapt et l'opération militaire française lancée le 11 janvier au Mali pour vaincre les groupes islamistes armés qui dominaient le nord du pays, Jean-Yves Le Drian a répondu par la négative: «A l'heure actuelle, non (le lien n'est pas établi) mais la méthode oui. Ce sont des groupes qui se réclament du même fondamentalisme, qui ont les mêmes méthodes, que ce soit au Mali, que ce soit en Somalie ou que ce soit au Nigeria».

Le quai d’Orsay déconseille «formellement» la région

Ces groupes souhaitent instaurer une zone de non-droit entre le Golfe de Guinée et le Soudan, «un très grand Sahel», une zone où passent tous les trafics, a souligné Jean-Yves Le Drian. Pour Gérard Longuet, prédécesseur de Jean-Yves Le Drian au ministère de la Défense, «s'il est avéré que c'est la secte terroriste Boko Haram, c'est un événement très important pour l'Afrique. (…) Parce que cela veut dire que cette secte intervient au-delà des frontières, dans un pays indépendant qui était calme et qui ne peut pas accepter qu'un Etat voisin ne mette pas de l'ordre chez lui», a-t-il déclaré sur BFM-TV.

Désormais, quinze Français sont retenus en otage dans le monde -tous en Afrique-. Avant l'enlèvement de mardi au Cameroun, sept otages étaient détenus au Sahel et un autre au Nigeria par des groupes islamistes. A Paris, le ministère des Affaires étrangères a «formellement déconseillé» aux Français d'aller dans l'extrême Nord du Cameroun, des rives du Lac Tchad au sud de Maroua, et à la frontière avec le Nigeria, «jusqu'à nouvel ordre».