Rapt de Français au Cameroun: «S'il s'agit de Boko Haram, c'est un changement de stratégie de leur part»

INTERVIEW Après l’enlèvement de sept Français mardi, un spécialiste de l'Afrique décrypte la situation pour «20 Minutes»...

Propos recueillis par Mathieu Gruel

— 

Entrée du parc national de Waza, au Cameroun, en octobre 2008.
Entrée du parc national de Waza, au Cameroun, en octobre 2008. — M.PREEL / AFP

Pas mal d’interrogations demeurent, au lendemain de l’enlèvement de sept Français au Cameroun. S’il semble que cette famille a été emmenée au Nigeria, aucune demande de rançon ni de revendication n’ont été formalisées pour l’instant. Pour tenter d’y voir plus clair, 20 Minutes fait le point avec Philippe Hugon, spécialiste de l’Afrique à l’Institut des relations Internationales et stratégiques (Iris).

Des enfants pris en otages par des groupes islamistes, est-ce fréquent?

Non, c'est même tout à fait nouveau. On peut d'ailleurs s'interroger sur ce caractère particulièrement odieux, en se demandant s'il y avait une réelle volonté d'enlever des enfants, ou s'il s'agit d'un mouvement de banditisme. Mais les chances qu'il s'agisse de la seconde hypothèse sont faibles.

Assiste-t-on à un «durcissement» de la part des terroristes dans cette zone?

Oui, c'est certain. Si cette prise d'otages s'avère être le fait de la secte Boko Haram, ce qui pourrait vraisemblablement être le cas, cela signifie qu'elle augmente sa zone d'influence. Jusqu'à présent, ce mouvement opérait essentiellement au Nigeria et visait principalement le pouvoir politique et les symboles religieux. Elle n'avait pas une tradition de prise d'otages, comme le groupe Ansarou, qui en est une faction dissidente et qui sévit également au Nigeria.

La zone où a eu lieu la prise d’otages était-elle vraiment sans risque?

C'est difficile à dire, mais il faut surtout relativiser. Car même s'il s'agit d'un événement dramatique, avec environ 60.000 ressortissants français présents dans cette zone de l'arc sahelo-algérien, la probabilité de se faire prendre en otage reste faible. Bien sûr, le risque augmente, mais c'est surtout le risque perçu qui devient très important.

A quoi faut-il s'attendre maintenant?

Cela dépend des commanditaires. Encore une fois, s'il s'agit de Boko Haram, c’est un changement de stratégie politique de leur part. Car jusqu'à maintenant, ils ne prenaient pas d'otages. S'il s'agit d'un acte de banditisme, cela pourrait être réglé par une demande de rançon.

Les preneurs d'otages se trouveraient au Nigeria. Qu'est-ce que cela implique?

Le Nigeria a plutôt une tradition de concertation limitée face aux terroristes. Un peu à l'image du comportement adopté par l'Algérie lors de la prise d'otages sur le site gazier d’Al Amenas. Il ne serait pas étonnant que l'armée nigérienne décide de mener une action contre les preneurs d'otages.