Tunisie: «Le futur Premier ministre sera un membre d’Ennahda» d'après Beligh Nabli

INTERNATIONAL La désignation du prochain Premier ministre se fera dans un contexte politique et social assez tendu...

Aurélie Delmas avec agences

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Rencontre entre le président Moncef Marzouki, à droite et le chef d'Ennahda Rachid Ghannouchi, le 20 février 2013
Rencontre entre le président Moncef Marzouki, à droite et le chef d'Ennahda Rachid Ghannouchi, le 20 février 2013 — Hassene Dridi/AP/SIPA

Les tractations commencent pour la désignation du prochain premier ministre tunisien. Au lendemain de l’annonce de la démission d’Hamadi Jebali, le président tunisien Moncef Marzouki recevait ce mercredi le chef du parti islamiste Ennahda, Rached Ghannouchi. 20 Minutes fait le point sur les différents scénarios possibles désormais.

 

Le point sur la situation

La Tunisie est gouvernée par une «troïka» composée d’Ennahda, parti islamistequi détient le plus de sièges à l’assemblée, du Congrès pour la République (CPR), dont le Président de la République est proche et qui a quitté le gouvernement le 10 février, et d’Ettakatol, un mouvement laïc de centre gauche.

Le Premier ministre Hamadi Jebali a annoncé mardi sa démission du poste de Premier Ministre. Il n’est pas parvenu à mettre en place un gouvernement de technocrates, projet torpillé par son parti, Ennahda. Le pays plonge encore plus dans une crise politique importante, brutalement aggravée par la mort de l’opposant Chokri Belaïd le 6 février.

Quel calendrier?

La vie politique est paralysée depuis des mois par l'incapacité de l'Assemblée nationale constituante (ANC) d'achever la rédaction de la Constitution. Avec la démission d’Hamadi Jebali, «on entre dans une période d’incertitude et d’instabilité. On a du mal à voir quelle sera l’issue politique et institutionnelle de cette crise» analyse Beligh Nabli, spécialiste de la Tunisie à l’Iris contacté par 20 Minutes.

Selon les spécialistes, le président Moncef Marzouki nommera un nouveau Premier ministre chargé de constituer un gouvernement dans deux semaines. En attendant, Hamadi Jebali continue de gérer les affaires courantes. Le prochain Premier ministre aura ensuite quinze jours pour constituer son gouvernement.

Qui décide?

«Le pouvoir de nomination revient de fait au président, explique Beligh Nabli. Mais il serait inutile de nommer quelqu’un qui n’aurait pas le soutien de l’ANC, et donc d’Ennahda», qui contrôle le plus grand groupe de députés à l'ANC. D’où la rencontre de ce mercredi matin entre le chef du parti et le Président.

L’option d’un gouvernement apolitique a échoué

«Convaincu» qu'un gouvernement apolitique «est le meilleur moyen de sortir le pays de l'errance», Hamadi Jebali a échoué dans son projet. «L’échec de cette tentative a braqué Ennahda qui y a vu un risque de dépossession du pouvoir», analyse Beligh Nabli.

L’option la plus probable: un gouvernement de coalition (entre les partis de la troïka)

Rached Ghannouchi, a déclaré lundi à Reuters qu'il était essentiel que les islamistes et les partis laïcs partagent le pouvoir aujourd'hui et dans le futur. «Tout gouvernement stable en Tunisie a besoin d'une coalition modérée composée d'islamistes et de laïcs», a-t-il déclaré.

Pourtant, «le parti a du mal à se départir, et même à partager le pouvoir, analyse Beligh Nabli. Il y a trois partis dans la troïka, mais Ennahda s’est imposé dans les rapports de force». Pour le spécialiste, il y a l’«option idéale»: «un gouvernement d’unité nationale fondé sur la coalition la plus large possible», et l’«option réaliste»: «le pouvoir restera assuré par la troïka».

Qui envisage-t-on comme Premier ministre?

Trois noms circulent: l’actuel Premier ministre démissionnaire, l’actuel ministre de la Santé ou l’actuel ministre de la Justice. «Si l’opposition s’est construite et développée, on sait tout de même que le futur Premier ministre sera un membre d’Ennahda», analyse Beligh Nabli. «La répartition est faite: au CPR la présidence, à Ettakatol la présidence de l’ANC et à Ennahda le poste de chef du gouvernement».

Le président d'Ennahda, Rached Ghannouchi, a indiqué que le parti souhaitait voir à nouveau Hamadi Jebali à la tête d'un nouveau gouvernement de coalition. Ce dernier a toutefois déclaré qu'il ne dirigerait pas un autre gouvernement sans obtenir des garanties sur les nouvelles élections et la nouvelle constitution, qui doit être rédigée par l’ANC.

Pour Beligh Nabli, Hamadi Jebali n’est pas «exclu du jeu politique» et «ressort renforcé sur le plan de sa légitimité populaire» mais cette hypothèse n’a «pas beaucoup de fondement» et serait «surprenante». Hamadi Jebali s'est bâti une popularité en dehors des islamistes, «il a intérêt à s’écarter un temps de l’exercice du pouvoir car en proposant un gouvernement qui dépossédait son propre parti du pouvoir, il a montré qu’il était capable de se placer au dessus de la mêlée».

Noureddine Bhiri, actuel ministre de la Justice a lui aussi été cité. Mais «il a été mis en cause pour la lenteur de la Justice et pour des tentatives de prise de pouvoir sur l’institution judiciaire» tempère Beligh Nabli. Abdelatif Mekki, le troisième nom cité, actuel ministre de la Santé, «est resté plus en retrait, vu son portefeuille». Mais, «les deux sont derrière Ghannouchi», rappelle Baligh Nabli.

Après, la bataille des portefeuilles

Une fois le Premier ministre nommé, une nouvelle bataille va commencer pour la distribution des portefeuilles entre les principaux partis. Un des principaux griefs de l’opposition est la main mise d’Ennahda sur les ministères régaliens. Ghannouchi a cependant déclaré qu'Ennahda pourrait accepter un compromis sur le contrôle de portefeuilles: «Nous sommes prêts à discuter de tous les ministères, y compris des ministères régaliens, dans un nouveau gouvernement de coalition».