Rapt de Français au Cameroun: «Dans le nord, les "coupeurs de routes" sévissent à toute heure»

TÉMOIGNAGE rois internautes de «20 Minutes» ayant vécu au Cameroun évoquent le climat de violence dans le nord du pays...

Témoignage recueilli et édité par Christine Laemmel

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Carte Cameroun
Carte Cameroun — Google map/20minutes

Mardi, sept Français d’une même famille ont été enlevés dans le nord du Cameroun, près de la réserve de Waza. La secte islamiste nigériane Boko Haram a pour le moment été désignée comme la principale suspecte. Si les actions de la secte ne sont pas fréquentes au Cameroun, cet enlèvement ne constitue pas pour autant une surprise, dans une région qualifiée de «Far West» par un journaliste local. Plusieurs internautes de 20 Minutes, camerounais ou français, nous ont contactés. Confiant l’insécurité qui règne, selon eux, dans le nord du pays.

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André, marié à une Camerounaise: «Habitué du pays, je ne m'aventurerai jamais dans le nord»

Marié à une Camerounaise depuis 2005, André se rend dans le pays depuis près de dix ans, une ou plusieurs fois par an, à «Yaoundé, Kribi ou Douala», trois villes du sud, nous raconte-t-il. «Je suis Français et blanc, mais je n’ai jamais eu le moindre problème», assure-t-il. Le nord du pays, André ne le connaît pas vraiment et pour cause. «Je ne m’y aventurerai jamais, explique-t-il, il est de notoriété publique qu’il y a des "coupeurs de route". Ce sont des bandits qui mettent en travers de la route des arbres pour forcer les automobilistes à s’arrêter pour les détrousser.»

Cet internaute décrit une région difficile d‘accès, en plus d’être peu fréquentable. «Le voyage est très cher jusqu’à l’extrême nord, estime André, et il ne faut pas avoir froid aux yeux pour voir toute la misère qui règne dans ce pays. Selon moi, il faut vraiment connaître très bien le Cameroun ou avoir de la famille là-bas pour vouloir y aller.» Malgré cela, André a été très surpris par l’enlèvement des sept Français, dans un pays où ses compatriotes sont «plutôt bien accueillis». «Je serais très étonné d’apprendre que les responsables sont Camerounais» avance-t-il.

Patrice, Camerounais vivant en France: «Mieux vaut être accompagné d’un Camerounais»

Patrice a lui été très choqué par la nouvelle de ces enlèvements. «Je ne m'attendais pas à ça, le Cameroun est un pays très calme et très accueillant», assure cet internaute. Le Nord-Cameroun a cependant toujours été, selon lui, «difficile à maîtriser». «Très grand, gangrené par les "coupeurs de routes" qui sévissent à toute heure, j’évite moi-même de m’y rendre», raconte Patrice.

Confiant ne pas «vraiment réaliser» ce qui vient de se passer, Patrice conseille à tous les Français d’avoir un contact sur place, «une famille d’accueil», suggère-t-il. «Je demande vraiment aux Français de continuer à aller au Cameroun, écrit Patrice. A l’ouest, ou vers le site de Kribi, plus au sud. Plutôt accompagné d’un Camerounais, par simple prudence.»

Emmanuel a vécu deux ans à Yaoundé: «Que ce soit des islamistes ou des truands classiques, il devait être facile pour eux de faire ce coup»

Comme André, Emmanuel confirme la présence de «coupeurs de route» dans le nord du pays. Avec sa famille, il a vécu deux ans à Yaoundé à la fin des années 80. Selon lui, la situation s’est dégradée depuis le milieu des années 90. «Le Cameroun n’avait pas connu les agitations qui ont commencé en 90 et qui ont laissé la trace d’une fragilité de l’Etat, développe cet internaute. La fonction publique (et donc la police) était beaucoup mieux payée qu’aujourd’hui car le FMI n’avait pas encore imposé des coupes budgétaires drastiques.»

Au nord, selon Emmanuel, les troubles ont forcément des conséquences plus importantes «car ce sont des grands espaces moins contrôlés, nettement moins peuplés et la police y est inopérante.» Aucune surprise donc, que des ressortissants français aient pu être enlevés. «Que ce soit des islamistes ou des truands classiques, il devait être facile pour eux de faire ce coup. Ils ont dû être avertis de la présence de la famille et n’ont eu qu’à mettre l’opération en marche.»