Election du pape: Des scandales pédophiles rattrapent les cardinaux électeurs

© 2013 AFP

— 

Le cardinal américain Roger Mahony a "commis des erreurs" et n'a pas réussi à mettre un terme au scandale des abus sexuels, mais il participera sans doute au conclave, a dit mercredi l'ex-procureur anti-pédophilie du Vatican.
Le cardinal américain Roger Mahony a "commis des erreurs" et n'a pas réussi à mettre un terme au scandale des abus sexuels, mais il participera sans doute au conclave, a dit mercredi l'ex-procureur anti-pédophilie du Vatican. — Filippo Monteforte AFP

Les victimes d'abus sexuels commis par des prêtres placent peu d’espoir dans le prochain pape, alors qu'enfle la controverse sur un cardinal américain, accusé d'avoir couvert les agissements de dizaines de pédophiles, qui doit participer à l'élection du successeur de Benoît XVI.

L'association américaine Catholics United a lancé une pétition pour empêcher l'ex-archevêque de Los Angeles (1985-2011) Roger Mahony, 76 ans, de se rendre au conclave. Il y a un mois, le cardinal a été relevé de toutes ses fonctions «administratives et publiques» pour avoir couvert des prêtres, auteurs de dizaines d'abus pédophiles commis dans son diocèse dans les années 80.

«Il devrait faire preuve de bon sens et rester bien loin de Rome»

Pour les associations de victimes, son comportement est l'exemple même de ce que Benoît XVI n'a pas réussi à remettre en ordre au sein de l’Église. «Il devrait faire preuve de bon sens et rester bien loin de Rome», a estimé mardi Roberto Mirabile, directeur du groupe italien contre les abus sexuels «La Caramella Buona», dont l'action a aidé à faire condamner le prêtre d'une petite paroisse près de Rome l'année dernière.

Les partisans de Benoît XVI regrettent qu'on le diabolise sur le thème de la pédophilie. Pour eux, il a été le premier pape à affronter réellement le problème, rencontrer les victimes, tenter d'énoncer des règles pour que ces abus ne se reproduisent plus. «Sur le thème des abus sexuels, l’Église a vraiment changé d'attitude pendant son pontificat», assure Marco Scarpati, directeur pour l'Italie d'Ecpat, une organisation internationale contre la prostitution infantile et la pédopornographie. «Le Vatican a reçu les plaintes des victimes, ouvert des enquêtes poussées, et a eu la main lourde contre les prêtres reconnus coupables d'abus», a-t-il estimé.

«Benoît XVI a été très courageux de briser le mur de silence sous lequel de nombreux cas avaient été ensevelis»

Autre initiative du Vatican: une conférence sans précédent l'an passé à l'Université Grégorienne de Rome réunissant victimes, évêques du monde entier et psychologues. En mai 2011, le Saint-Siège a demandé à toutes les conférences épiscopales de prendre des mesures anti-pédophilie. A ce jour, les trois-quarts ont répondu, a indiqué le nouveau promoteur de justice (procureur) du Vatican, le père américain Robert Oliver.

Selon son prédécesseur, Mgr Charles Scicluna, chef de l'Eglise maltaise, «Benoît XVI a été très courageux de briser le mur de silence sous lequel de nombreux cas avaient été ensevelis». Mais selon les porte-voix des victimes, on est encore loin du compte. «Nous ne sommes absolument pas optimistes», a estimé Sue Cox, membre de l'association britannique Survivors Europe, et elle-même victime d'un prêtre pédophile. «Ils voudraient que l'affaire soit close et essaieront d'étouffer le passé.»

600 plaintes chaque année au Vatican

Le scandale des prêtres pédophiles a éclaté avec une première série d'affaires il y a plus d'une dizaine d'années, touchant particulièrement les Etats-Unis. Il a rebondi en 2010 avec une vague de révélations en Irlande, en Australie, aux Etats-Unis et dans l'Allemagne du pape Joseph Ratzinger. Le Vatican a indiqué récemment qu'il continuait de recevoir près de 600 plaintes chaque année, pour des cas de pédophilie datant surtout des années 60, 70 et 80. Selon Sue Cox et d'autres militants, plusieurs des cardinaux qui participeront au conclave sont directement ou indirectement impliqués.

Outre Roger Mahony, ils citent le cardinal Justin Francis Rigali, 77 ans, retraité de l'archevêché de Philadelphie. Officiellement, il a quitté ses fonctions en raison de son âge mais, selon eux, son départ est lié à une série d'abus ayant impliqué 37 prêtres de l'archevêché. Le cardinal belge, Godfried Danneels, 79 ans, a été mis en cause il y a trois ans après la saisie de documents informatiques à son domicile prouvant qu'il aurait aidé à cacher des centaines de cas de pédophilie.

Le cardinal irlandais Sean Brady, 73 ans, chef de l'Eglise irlandaise pendant 16 ans, avait présenté des excuses publiques en mai 2012 pour n'avoir pas référé à la police des exactions d'un prêtre pédophile de son diocèse commises dans les années 70. Les associations de victimes comme Snap demandent à l'Eglise de publier les noms des prêtres prédateurs sur Internet et d'ordonner à tous les évêques de signaler systématiquement les cas d'abus à la police. Pour Robert Hoatson, chef du groupe américain Road to Recovery, éradiquer vraiment le fléau de la pédophilie «signifierait limoger tous les évêques qui ont couvert les abus, mais au fond pourquoi pas!»