Israël: Les proches du «prisonnier X» demandent des dommages

Avec Reuters

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Les proches d'un Australien immigré en Israël, qui s'est suicidé en 2010 alors qu'il était détenu au secret pour atteinte à la sûreté de l'Etat, réclament des dommages et intérêts au gouvernement israélien, a-t-on appris ce vendredi de source proche de l'affaire. Il s'agirait de discussions préliminaires, dans la mesure où la négligences des autorités pénitentiaires n'a pas été établie.

Le décès de Ben Zygier a été révélé mardi par la chaîne de télévision australienne ABC, selon laquelle il était agent du Mossad. L'information n'a été ni confirmée ni infirmée et la presse n'a obtenu que peu de détails en raison de la censure militaire israélienne et des précautions judiciaires. Ce silence alimente l'idée selon laquelle ce détenu mort à l'âge de 34 ans, qui aurait été impliqué dans un dossier sensible, a trahi les services de renseignement israéliens. Les services du Premier ministre, Benyamin Netanyahou, dont dépend le Mossad, se sont refusés à tout commentaire.

«Plusieurs millions de shekels» à la famille?

Selon le quotidien Haaretz, les pouvoirs publics ont accepté de verser «plusieurs millions de shekels» (un shekel vaut 20 centimes d'euro) à la famille de Ben Zygier il un mois et demi, lorsque l'enquête interne a conclu au suicide. Les résultats de ladite enquête ont été publiés mercredi par le ministère de la Justice. Il s'agissait de la première information officielle sur l'affaire.

Les auteurs du document, dans lequel Ben Zygier n'est pas mentionné nommément, précisent qu'un juge a été chargé d'une «évaluation» concernant d'éventuelles négligences au cours de sa détention au secret, à l'isolement et sous une fausse identité. Les conditions de sa détention, qui a duré plusieurs mois, lui ont valu le surnom de «prisonnier X».

«Il n'y a pas encore eu de décision en ce qui concerne la négligence, il n'y a donc eu aucun dédommagement. Il n'y a eu que des demandes de dommages de la part des représentants du défunt», dit-on de source proche de l'affaire en Israël. Moshe Mazur, l'un des avocats de la famille, s'est lui aussi refusé à tout commentaire, de même que l'administration pénitentiaire. L'un de ses membres a toutefois exprimé son scepticisme quant au versement de dommages qui, selon lui, demanderaient des années de négociations.

«Sur le point de divulguer» des informations au sujet du Mossad?

Avigdor Feldman, un avocat israélien que Ben Zygier a consulté pendant sa détention, dit quant à lui n'avoir connaissance d'aucun accord de dédommagement. Même si le gouvernement en acceptait le principe, cela ne dirait rien de la position officielle quant à la responsabilité de Ben Zygier, souligne-t-il, notant que des criminels condamnés sont en droit de demander des dommages en cas de faute de leurs gardiens. Selon lui, il est mort après avoir été inculpé pour des «crimes graves», mais avant d'avoir pu être jugé. L'accusé niait les faits qui lui étaient reprochés, mais n'excluait pas un arrangement à l'amiable, a ajouté l'avocat.

The Age, un journal de Melbourne qui cite des membres des services de renseignement australiens, avance que Ben Zygier était peut-être en contact avec des agents de son pays natal et «sur le point de divulguer» des informations au sujet du Mossad, notamment sur l'usage de faux passeports australiens. L'Australie s'est plainte auprès d'Israël de l'utilisation de faux passeports pour l'assassinat en janvier 2010 à Dubaï de Mahmoud al Mabhouh, un cadre militaire du Hamas chargé notamment de l'approvisionnement en armes du mouvement palestinien.