La reconstruction, nouvelle arme du Hezbollah

©2006 20 minutes

— 

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a accusé d'intelligence avec Israël des groupes de la majorité politique au Liban, alors que l'Onu a exhorté la milice chiite à renoncer à ses armes.
Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a accusé d'intelligence avec Israël des groupes de la majorité politique au Liban, alors que l'Onu a exhorté la milice chiite à renoncer à ses armes. — Hassan Ammar AFP/Archives

« Le Hezbollah a promis de nous aider. Il ne ment jamais. » Zahrae Awada montre du doigt sa maison détruite par les bombardements israéliens aux abords de la ville chiite de Naqoura, à deux kilomètres de la frontière israélienne. Sur le mur, derrière elle, trois croix gammées ont été dessinées au feutre. « Pendant la guerre, ça n'arrêtait pas de tirer. Je suis partie deux semaines après le début de la guerre pour me réfugier à la montagne. Quand je suis revenue, ma maison était par terre, et cinq habitants avaient été tués », raconte cette femme voilée d'une cinquantaine d'années. A quelques mètres, un portrait du chef du parti chiite, Hassan Nasrallah, trône en bordure de route. « Aujourd'hui, je prie Dieu pour qu'il demande au Hezbollah de m'aider », sourit-elle.

Plus d'un mois après le cessez-le-feu, intervenu le 14 août, l'heure est à la reconstruction au Liban. Le Hezbollah, qui se pose en défenseur du peuple contre « l'ennemi israélien » et les lenteurs étatiques libanaises, est d'ores et déjà venu faire un rapport pour évaluer les dégâts. Engagé dans une course à la reconstruction par le biais de son organisation Djihad al-Bina, le Parti de Dieu compte bien devancer l'Etat pour garder son emprise sur la communauté chiite libanaise en apportant une aide rapide et concrète : jusqu'à 12 000 dollars lorsque l'habitation est totalement détruite, moins lorsque les dommages ne sont que partiels. L'enjeu est encore plus fort au sud du Liban, le Hezbollah ayant perdu le contrôle militaire de la région avec le déploiement de la Finul renforcée et de l'armée libanaise. Au lendemain du cessez-le-feu, il s'est engagé à verser au total 180 millions de dollars à la population.

De son côté, le gouvernement libanais, que Nasrallah a appelé à démissionner, réclame plus de patience à la population, le temps de recenser les dégâts « en toute transparence ». Le gouvernement « a promis de verser 40 000 dollars pour chaque habitation détruite, affirme Nadim Assi, président des commerçants de Beyrouth. Combien de temps faudra-t-il pour évaluer les pertes ? En prenant en compte une certaine bureaucratie, environ un à trois mois. Il faut éviter tout abus. Vu la situation dans laquelle se trouve le Liban aujourd'hui, on ne peut pas se permettre de jeter l'argent par les fenêtres ! »

Envoyée spéciale à Naqoura (Liban), Faustine Vincent

La reconstruction sera également financée par l'aide internationale reçue à Stockholm (940 millions de dollars), l'Arabie saoudite (1 milliard), le Koweït (500 millions) et la Banque mondiale (70 millions).