Tunisie: La crise politique devant la Constituante

avec AFP

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L'Assemblée nationale constituante (ANC) se penche jeudi sur la crise politique en Tunisie provoquée par le meurtre d'un opposant et évoquera l'idée d'un gouvernement apolitique qui divise aussi bien les islamistes au pouvoir que les laïcs.
L'Assemblée nationale constituante (ANC) se penche jeudi sur la crise politique en Tunisie provoquée par le meurtre d'un opposant et évoquera l'idée d'un gouvernement apolitique qui divise aussi bien les islamistes au pouvoir que les laïcs. — Gianluigi Guercia afp.com

L'Assemblée nationale constituante (ANC) se penche jeudi sur la crise politique en Tunisie provoquée par le meurtre d'un opposant et évoquera l'idée d'un gouvernement apolitique qui divise aussi bien les islamistes au pouvoir que les laïcs. Une séance plénière extraordinaire de l'ANC, prévue à l'origine dans la matinée, doit débuter à la mi-journée pour débattre de la situation dans le pays plongé dans une profonde crise aggravée par l'assassinat de l'opposant de gauche Chokri Belaïd le 6 février.

A la veille de ce débat, le parti islamiste tunisien Ennahda et trois mouvements, certains laïques, ont insisté sur un cabinet composé de personnalités politiques, s'inscrivant clairement contre l'idée du numéro deux des islamistes, le Premier ministre Hamadi Jebali d'un gouvernement de technocrates.

«Des personnalités politiques et indépendantes»

«La situation actuelle nécessite un cabinet de coalition ouvert sur des personnalités politiques et indépendantes», ont affirmé les quatre mouvements dans la nuit de mercredi à jeudi.

Leur communiqué a été publié à l'issue d'une réunion des responsables d'Ennahda, du Congrès pour la République (CPR, laïque) du président Moncef Marzouki, du mouvement Wafa (laïque) et du bloc parlementaire Liberté et dignité (islamistes indépendants) qui détiennent théoriquement la majorité absolue à l'ANC.

Ils totalisent 125 élus sur 217 alors que Hamadi Jebali peut être censuré sur son projet avec 109 votes négatifs. Mais le Premier ministre peut compter, selon la presse locale sur des élus d'Ennahda favorables à son initiative.

Jebali silencieux

Hamadi Jebali, qui reste silencieux depuis lundi, a multiplié les consultations pour former un cabinet apolitique. Il avait prévu de l'annoncer au milieu de la semaine et de démissionner dans le cas contraire, mais ce calendrier a pris du retard.

Pour les quatre mouvements opposés au Premier ministre, le futur gouvernement doit s'employer à lutter contre la corruption, à relancer l'économie et à rétablir l'ordre par une stricte application de la loi.

Ces partis étaient contre la proposition de Hamadi Jebali mais c'est la première fois qu'ils expriment collectivement leur hostilité.

Marzouki aussi

A l'inverse, le Premier ministre a été soutenu par le parti Ettakatol du président de l'ANC, Mustapha Ben Jaafar, membre de la coalition au pouvoir, par des opposants laïques, l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), un puissant syndicat, et le patronat.

Le président Moncef Marzouki est resté étrangement silencieux sur la proposition de M. Jebali qu'il avait été pourtant le premier à évoquer après des violences dans la ville de Siliana, dans le centre, fin novembre. Il a en revanche estimé que le pays avait «absorbé le choc» de l'assassinat de Chokri Belaïd, dans un entretien au journal français Le Figaro.

«Je vois -c'est un simple constat- que nous passons cette épreuve sans trop de dommages», a déclaré Moncef Marzouki au sujet de l'assassinat de l'opposant de gauche et critique d'Ennahda.

«Pas un seul blessé»

«Le pays n'est ni à feu ni à sang! Il n'y a pas un seul mort, pas un seul blessé, je touche du bois. Le pays est resté calme dans l'ensemble (...) Nous avons absorbé le choc», a-t-il ajouté.

Les violences après l'assassinat la semaine dernière ont fait un mort et une soixantaine de blessés dans les rangs de la police. Interrogé sur la future Constitution, il a milité pour un «régime mixte», «parce que la Tunisie a beaucoup souffert de la dictature et il s'agit de lui donner un régime qui empêche tout retour à la dictature».

La rédaction de la Constitution est dans l'impasse, faute de compromis sur la nature du futur régime et Hamadi Jebali a souligné que sa démarche visait aussi à accélérer ce travail afin de pouvoir tenir des élections le plus vite possible.

De plus, les conflits sociaux souvent violents se multiplient sur fond de misère et chômage, à l'origine de la révolution qui a emporté l'ancien président Zine El Abidine Ben Ali. Sans oublier l'essor d'une mouvance salafiste jihadiste qui déstabilise régulièrement le pays par des attaques.