Le «watergate» a gâché le grand soir de Marco Rubio

ETATS-UNIS Sa pause pour se désaltérer, en plein discours, a beaucoup fait rire Twitter...

Philippe Berry

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Le sénateur républicain de Floride, Marco Rubio, lors de la réponse de son parti au discours sur l'état de l'Union de Barack Obama, le 12 février 2013.
Le sénateur républicain de Floride, Marco Rubio, lors de la réponse de son parti au discours sur l'état de l'Union de Barack Obama, le 12 février 2013. — DR

Une petite gorgée d'eau pour Marco Rubio, un grand moment d'hilarité sur Twitter. Mardi soir, le jeune sénateur républicain de Floride avait l'honneur de répondre au discours sur l'état de l'Union de Barack Obama et d'asseoir un peu plus son statut de sauveur du parti républicain devant des millions de téléspacteurs. Problème, le seul moment qu'ils retiendront, c'est celui où Rubio, après des minutes d'agonie avec la bouche desséchée, est sorti du champ de la caméra pour attraper une minuscule bouteille d'eau et enfin se désaltérer.

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Il n'a pas fallu longtemps pour que #watergate explose sur Twitter, que DeadSpin s'amuse avec une version au ralenti et que les GIFs animés se multiplient. Tout le monde a fait la même blague («Rubio water break», pour un double sens entre «pause boisson» et «perdre les eaux» en VO) et beaucoup ont ironisé sur l'impact du changement climatique.

Pourquoi autant de buzz pour un besoin aussi humain qu'anodin? «C'est à cause de son regard», estime le New Yorker. «En une minute on a eu un arc narratif complet: le malaise, le désespoir, la décision et les regrets». Car on a vu le moment venir de loin, comme un train qui fonce vers la catastrophe sans pouvoir freiner.

Dès le début, c'est une évidence: Marc Rubio a soif et donne l'impression d'être stressé. Il se lèche les lèvres et se met à transpirer sous les lumières des caméras. Et après 12 minutes d'un discours pas vraiment inoubliable sur le rôle du gouvernement, c'est le drame. «Sur la scène internationale [essuyage de bouche] l'Amérique continue d'être indispensable pour le [mots cotonneux presque incompréhensibles] pour les droits de l'homme [coup de langue sur les lèvres]. Rien ne me frustre plus que les faux choix présentés par le président ce soir.»

Rubio finit par s'interrompre, se penche pour attraper une minuscule bouteille d'eau tout en essayant de garder un contact visuel avec la caméra. On le regarde avec le même plaisir sadique qu'un patineur qui finit les fesses par-terre et se relève en essayant de sourire alors qu'il sait qu'il a perdu la médaille d'or.

Mission impossible

«Le problème est inhérent à l'exercice», explique le stratège démocrate Garry South. Le malheureux élu doit passer après l'homme le plus puissant –et le plus cool– de la planète. Obama surplombe un Congrès qui applaudit souvent à tout rompre. Il a un gigantesque drapeau américain derrière lui, des colonnades et des dorures. Il est le président.

La réponse, elle, doit permettre au camp adverse de proposer ses solutions sans être trop agressif ou irrespectueux, dans un décor souvent cheap. En 2009, Bobby Jindal avait coulé. En 2010, Paul Ryan n'avait pas vraiment brillé. Au final, cet honneur est cadeau empoisonné. Seul Gerald Ford a réussi à faire de cette opportunité un tremplin pour devenir président et il n'a pas même pas été élu (après le Watergate et la démission de Nixon, ndr).

Damage control

Marco Rubio, qui s'était fait voler la vedette par la chaise de Clint Eastwood à la convention républicaine en 2012, a choisi l'humour en tweetant une photo de la bouteille en question avec le hashtag #GOPResponse (réponse du parti républicain, ndr). Sur ABC, mercredi, il a bu un coup avec le sourire: «J'avais besoin d'eau, qu'est-ce que je pouvais faire d'autre. Ça arrive. Dieu a parfois une drôle de façon de nous rappeler que nous sommes humains». Il a encore expliqué qu'ils venaient juste de filmer une version en espagnol et qu'il avait donc déjà parlé longtemps.

Clairement, ce fils d'immigrés cubains n'a pas hypothéqué ses chances. Il est jeune, assez charismatique et s'il joue bien ses cartes en s'impliquant dans une réforme de l'immigration, il pourrait muscler son CV. Garry South ne pense pas que ce geste le hantera lors de primaires républicaines. Mais lors d'un duel, par exemple, face à Hillary Clinton, ses positions ultra-conservatrices sur l'avortement, le mariage gay ou même la science pourraient se révéler bien plus handicapantes.