Élire un pape, mode d'emploi

RELIGION Le successeur de Benoît XVI doit être désigné avant Pâques...

Faustine Vincent
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Les cardinaux (ci-dessus réunis lundi avec Benoît XVI) éliront le nouveau pape.
Les cardinaux (ci-dessus réunis lundi avec Benoît XVI) éliront le nouveau pape. — OSSERVATORE ROMANO / AP / SIPA

L'annonce surprise du renoncement de Benoît XVI, lundi, a ouvert les spéculations sur l'identité de son successeur. Certains noms reviennent souvent, comme celui de l'archevêque de Milan, Angelo Scola. Seule certitude, le prochain pape sera élu avec au moins les deux tiers des voix des 117 cardinaux autorisés à voter, c'est-à-dire âgés de moins de 80 ans. Ces derniers se réuniront en conclave (du latin «cum clave», «avec la clef») tenu à huis clos en mars, et dont un nom devrait sortir avant Pâques. Qu'est-ce qui oriente le choix des cardinaux ? L'élection du pape peut-elle déclencher autant de frénésie qu'en politique ?

Lutte secrète

«En théorie, c'est le Saint-Esprit qui choisit le pape. Dans la pratique, c'est différent», explique Frédéric Lenoir, historien des religions. Un cardinal ne pouvant appeler à voter pour lui, «ce sont ses amis et alliés qui font campagne en sa faveur, reflétant ainsi des courants de partis politiques». Les cardinaux sont tous conservateurs. Trois courants se distinguent malgré tout : «les très conservateurs, les conservateurs et les conservateurs orientés une réforme de l'Eglise», poursuit Lenoir. L'élection du pape devrait donner lieu à une lutte feutrée entre les plus progressistes et les autres. Une bataille secrète menée avant le conclave à coups de messages téléphoniques et de conciliabules stratégiques. Les amitiés et inimitiés des cardinaux pourraient resurgir au moment du vote. Un favori ne gagne pas forcément : en cas de blocage, un nom moins connu mais consensuel peut sortir du lot, comme ce fut le cas pour Karol Wojtyla, alias Jean Paul II.

A la différence d'une élection politique, «la plupart des cardinaux ne souhaitent pas être pape, affirme Odon Vallet, historien des religions. C'est une charge écrasante. Et le renoncement de Benoît XVI vient leur rappeler que la force humaine a des limites, même aidée par le Saint-Esprit.» Un cardinal peut toutefois refuser de devenir pape. Selon des confidences recueillies auprès de l'un d'eux, Benoît XVI serait ainsi un deuxième choix, le premier ayant décliné. Pour le prochain pape, «tout est donc possible», conclut l'historien.

 

Tropisme européen

La majorité des cardinaux qui élisent le pape étant européens, «ils ont tendance à vouloir un pape européen, qui lui-même nomme plutôt des cardinaux européens», souligne Frédéric Lenoir, historien des religions. Alors que les catholiques européens, eux, sont minoritaires.