L’australopithèque : ancêtre ou cousin de l’homme ?

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L’étude du squelette quasi complet d’un enfant australopithèque permettra peut-être de mieux cerner la généalogie de ces hominidés bipèdes et, plus généralement, de la lignée humaine dont les origines font l’objet de virulentes polémiques entre les chercheurs. De fait, si on a longtemps présenté Lucy -une Australopithecus afarensis découverte en Éthiopie en 1974 et vieille de 3,2 millions d'années - comme la «mère» de l'humanité, l'origine et la place des australopithèques dans l'évolution de l’humanité semblent aujourd’hui beaucoup moins claires pour les anthropologues.

Plusieurs espèces d’australopithèques ont été identifiées, toutes en Afrique, depuis la découverte du premier spécimen d’Australopithecus africanus en 1924 . La plus connue du grand public est sans doute Australopithecus afarensis , l’espèce à laquelle appartenait Lucy et l’enfant de 3 ans récemment mis à jour. Les Afarensis, qui ont vécu dans l’est de l’Afrique entre 4 et 2,7 millions d’années, ont longtemps été les plus anciens hominidés bipèdes connus. A ce titre, on les considérait comme les ancêtres directs des autres australopithèques contemporains d’Homo habilis , mais aussi de l’Hommes moderne.

Cette hypothèse a été sérieusement remise en question par la découverte, au nord du Kenya puis en Ethiopie , de plusieurs spécimens d’Australopithecus anamensis. Cet hominidé bipède qui a vivait entre 4,1 et 3,9 millions d’années pourrait donc être l’ancêtre des afarensis. C’est en tout cas ce que pensent Tim White et l’équipe internationale de paléoanthropologues qui ont récemment mis à jour une trentaine de fossiles d’anamensis dans des zones où l’on a aussi découvert des fossiles d’afarensis .

Dans un article publié en avril par Nature, ces chercheurs proposent d’ailleurs un nouvel ancêtre commun à tous les australopithèques : Ardipithecus ramidus. Bien que manifestement bipède, cet hominidé qui aurait vécu entre 5,8 et 4 millions d’années, possédait aussi beaucoup de caractères simiesques.

Par ailleurs, en 2000, Brigitte Senut et Martin Pickford du Musée National d'Histoire Naturelle de Paris ont identifié une mâchoire appartenant à un hominidé vieux de plus de 6 millions d’années baptisé Orrorin tugenensis . Orrorin possède un mélange de caractères humains et simiesques. Mais bien que 3 millions d’années plus vieux que les Australopithèques comme Lucy, il semble anatomiquement plus proche de l’homme moderne que ne l’est notre prétendue ancêtre. Selon Brigitte Senut, cette découverte force les anthropologues à revoir les scénarios sur les origines de l’homme. Elle suggère notamment que les Australopithèques ne sont pas nos ancêtres directs, mais représentent en fait une branche latérale, et désormais éteinte, de notre arbre généalogique.

Yaroslav Pigenet (yarek.blog.20minutes.fr)