Le jeune conservateur Shinzo Abe accède mercredi au pouvoir à Tokyo avec l'ambition déclarée de renforcer le rôle du Japon sur la scène internationale
Le jeune conservateur Shinzo Abe accède mercredi au pouvoir à Tokyo avec l'ambition déclarée de renforcer le rôle du Japon sur la scène internationale — Yoshikazu Tsuno AFP

Monde

Shinzo Abe ou le nationalisme nippon décomplexé

Portrait du futur Premier ministre conservateur du Japon

Un look de "gendre idéal" mais une réputation de faucon. Promis à diriger le Japon dans moins d'une semaine en remplacement du Premier ministre Junichiro Koizumi, Shinzo Abe sera à 52 ans le plus jeune chef de gouvernement de l'après-guerre du pays. Héritier d'une illustre dynastie d'hommes politiques conservateurs, il a été éduqué depuis son plus jeune âge pour accéder aux plus hautes marches du pouvoir.

Né le 21 septembre 1954 à Nagata (sud), Shinzo Abe a étudié la science politique au Japon et aux Etats-Unis. C’est en 1982 qu’il fait ses premiers pas en politique comme secrétaire particulier de son père Shintaro Abe, alors ministre des Affaires étrangères. A sa mort, il hérite de son fief électoral dans la préfecture de Yamaguchi (sud) où il est élu député en 1993. "Abe est un pur-sang de la politique, une sorte de seigneur féodal. Il a un sens très fort de sa mission qui est de représenter son clan politique et si possible, de faire mieux que son père qui n'a pas été Premier ministre", note un diplomate étranger.

Idole de l'aile droite du Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir, il doit sa popularité à la ligne intransigeante qu'il prône depuis des années à l'égard de la dictature communiste de Pyongyang. C'est lui qui a géré la crise des missiles nord-coréens en juillet tandis que Koizumi se mettait en retrait. Spécialiste des questions de sécurité, il envisage de doter le Japon d'une capacité de frappe préventive, un tabou dans ce pays pacifiste et une source d'inquiétude pour les pays asiatiques victimes du militarisme nippon, comme la Chine. Depuis sa jeunesse, il plaide aussi en faveur d'une révision de la Constitution pacifiste qui interdit au Japon d'avoir de véritables forces armées.

"Shinzo Abe considère qu'il est essentiel pour un responsable politique d'avoir des convictions fortes et de s'y tenir", une valeur héritée de son grand-père, l'ex-Premier ministre Nobusuke Kishi (1957-1960), selon le politologue Kabashima. Shinzo Abe ne cache pas son admiration pour ce grand-père, figure conservatrice de l'après-guerre qui fut emprisonné par les Américains comme criminel de guerre (il n'a jamais été jugé). Ce dernier est resté dans l'histoire pour avoir imposé le renouvellement de l'impopulaire Traité de sécurité nippo-américain en dépit d'une virulente contestation gauchiste.

Comme son mentor Koizumi, le futur Premier ministre est partisan des visites au sanctuaire shintoïste du Yasukuni, haut-lieu du nationalisme nippon où sont célébrés enterrés d’anciens criminels de guerre. Un lieu au coeur des relations conflictuelles avec les Chinois et les Coréens. Mais plus pragmatique que son aîné, il refuse désormais d'évoquer cette pomme de discorde et devrait faire bientôt un geste d'apaisement envers Pékin. Moins excentrique que Junichiro Koizumi, Shinzo Abe, très apprécié des femmes, joue sur une image d’homme "honnête et prévenant". Ses détracteurs lui reprochent en revanche son manque d'expérience, "une malléabilité", et une "santé fragile" sujette au stress. A lui de démontrer que diriger le pays du Soleil Levant ne l’empêchera pas de rester zen.