Le général Sonthi, premier musulman à diriger l'armée

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Des forces loyales à un chef de l'armée limogé par le Premier ministre thaïlandais se sont emparé du siège du gouvernement mardi soir à Bangkok, selon des témoins.
Des forces loyales à un chef de l'armée limogé par le Premier ministre thaïlandais se sont emparé du siège du gouvernement mardi soir à Bangkok, selon des témoins. — Pornchai Kittiwongsakul AFP/Archives

Le général Sonthi Boonyaratglin, leader apparent du coup d'Etat à Bangkok, est le premier musulman à diriger l'armée de la Thaïlande, pays largement bouddhiste, et a la réputation d'être proche du roi Bhumibol Adulyadej. Né près de Bangkok le 2 octobre 1946 dans une famille de Thaïlandais de confession musulmane établie de longue date dans le pays, le général Sonthi a été diplômé de l'Académie militaire de Chulachomklao en 1969 et a été intégré au corps royal d'infanterie avant de rejoindre des unités d'élite de combattants.

Depuis sa nomination en 2005 à la tête de l'armée de terre par le Premier ministre Thaksin Shinawatra lui-même, il s'est impliqué, peut-être au début malgré lui, dans la grave crise politique qui a secoué le royaume au cours des derniers mois. Sonthi Boonyaratglin, qui cultive l'image d'un militaire de carrière pragmatique et à la voix douce, s'est opposé publiquement à Thaksin Shinawatra à propos de la politique sécuritaire. Sa nomination avait été largement perçue comme une réelle tentative du gouvernement de trouver une issue au conflit dans l'extrême sud de la Thaïlande où une rébellion séparatiste musulmane sévit depuis près de trois ans. A l'époque, ses sympathisants avaient affirmé que le général Sonthi pouvait contribuer à dissiper l'impression que les autorités se rendaient systématiquement coupables de discriminations à l'égard des musulmans malais du Sud, région où ils sont majoritaires. Encore récemment, il avait admis que Bangkok ne savait pas vraiment qui sont les chefs des insurgés et avait préconisé la négociation pour mettre fin aux violences qui ont fait plus de 1.400 morts depuis janvier 2004. Cependant, des ministres proches de Thaksin Shinawatra avaient rejeté de tels pourparlers.

Par ailleurs, le Premier ministre a été au centre de vives controverses après la vente en janvier par sa famille de toutes les parts qu'elle détenait dans un géant des télécoms qu'il avait fondé avant de se lancer dans la politique. Pour tenter de désamorcer la crise, le chef du gouvernement a convoqué des élections en avril qui ont été annulées en mai par la Cour constitutionnelle après une intervention exceptionnelle du roi Bhumibol qui a qualifié le processus de "non démocratique". Au plus fort de la crise au printemps, le général Sonthi avait laissé entendre que le vieux souverain était très perturbé par les remous politiques qui n'en finissaient pas. "Le problème" du pays "a attristé sa Majesté", avait-il dit à l'époque. "En tant que Soldat de sa Majesté, je voudrais soulager son inquiétude et l'Armée se conformera strictement à tout conseil qu'il nous donnera".
Alors que la situation s'aggravait, le général s'était empressé de démentir toutes les rumeurs de coup d'Etat. Cependant, lorsqu'un complot visant à assassiner Thaksin Shinawatra avait été annoncé le mois dernier et que cinq militaires avaient été arrêtés, certains diplomates avaient commencé à évoquer l'hypothèse que l'étau se resserrait autour de Sonthi et qu'il pourrait être tenté d'agir.