Coup d'Etat militaire en Thaïlande

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L'armée thaïlandaise a lancé hier un coup d'Etat contre le Premier ministre Thaksin Shinawatra et instauré la loi martiale « pour maintenir la loi et l'ordre ». Dans les rues de la capitale thaïlandaise, Bangkok, des chars et des soldats armés étaient visibles. Les putschistes se sont emparés des six stations de télévision du royaume, ainsi que des stations de radio. Thaksin Shinawatra, qui se trouvait à New York pour l'assemblée générale des Nations unies, a décrété l'état d'urgence, mais il se disait « calme » hier soir et se considérait toujours comme Premier ministre. Auparavant, il avait annoncé qu'il avait limogé le général Sonthi, le premier musulman qui ait dirigé l'armée de terre de Thaïlande, pays où la population est très majoritairement bouddhiste. Ce dernier a été reçu par le roi Bhumibol Adulyadej. Ce sont ses fidèles qui ont lancé l'assaut hier. Si ce putsch réussit, ce serait la première fois depuis mai 1992 que l'armée s'empare du pouvoir en Thaïlande.

Ce coup d'Etat représente le paroxysme d'une crise qui dure depuis des mois dans le pays. Thaksin, qui dirigeait la Thaïlande d'une main de fer depuis 2001, est une figure controversée, critiquée pour sa gestion clientéliste et clanique du pouvoir. En janvier, il avait provoqué un tollé en vendant à une holding singapourienne l'ensemble de ses parts dans l'empire Shin Corp, empochant 1,9 milliard de dollars. La presse s'était insurgée contre l'exemption fiscale sur le bénéfice de la vente, et des milliers de manifestants avaient défilé à Bangkok pour réclamer sa démission. Thaksin avait tenté de s'en sortir en provoquant des législatives anticipées de trois ans, qu'il avait remportées le 2 avril. Mais le scrutin, boycotté par l'opposition, avait été invalidé en mai par la Cour constitutionnelle après une intervention exceptionnelle du roi, qui avait qualifié le processus de « non démocratique ». Hier soir, les auteurs du coup d'Etat ont annoncé la suspension de la Constitution de 1997, du Parlement, du gouvernement et de la Cour constitutionnelle.

F.V. (avec AFP)