La Finul en terrain miné

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Thomas Coex AFP

L’obus a atterri dans le jardin, au milieu des arbres et des fleurs, sans exploser. Les trois experts en déminage, vêtus d’un simple treillis, se penchent sur le trou et creusent à mains nues pour le localiser. Le propriétaire de cette maison située à Alma ash Sha’b, près de Naqoura, à moins de 2 km de la frontière israélienne au Liban, observe la scène. « Il faut d’abord retrouver l’obus, qui a plongé sous terre, explique Jean-François Pasqualini, adjudant chef du 2e régiment, en mission de reconnaissance. Donc on creuse en suivant le trou pour voir la direction et la profondeur ». L’homme fait partie de l’équipe de haut vol spécialisée dans le déminage au sein de l’armée de terre française. En deux semaines, cette compagnie du génie militaire a détruit 9 sous-munitions et un obus de 81 mm fumigène. Présents dans le pays depuis près de deux semaines, ils sont là en complément des quelque trente soldats français de la Finul qui ont commencé depuis dimanche à déminer le Liban-sud, truffé de sous-munitions –estimées à plus de 1,2 million- à l’issue des 34 jours de conflit entre Israël et le Hezbollah. « Si l’équipe de la Finul (qui travaillera avec un équipement spécial de 15kg par personne) a un doute sur une munition, elle fera appel à ces experts de haut niveau », explique Bruno Husser, commandant d’unité de la compagnie du génie. Pour la force internationale renforcée, il s’agit avant tout de déminer les zones dans lesquelles les casques bleus doivent se déployer -la population locale s’en remettra quant à elle essentiellement aux ONG.

L’expert a maintenant le bras enfoncé jusqu’au coude dans la terre. « Il faut voir si l’obus est complet, si c’est le cas, on revient après avec le matériel pour l’enlever », poursuit-il. Une fumée blanchâtre s’échappe soudain du trou. « ça fume ! » L’expert le rebouche aussitôt, renifle un minuscule morceau d’obus et se tourne vers le propriétaire : « C’est dangereux », avertit-il. Le responsable chinois du déminage (ou « dépollution ») au sein de la Finul, qui était chargé de cette mission avant que les Français reprennent le flambeau dimanche, a revêtu son casque bleu et son gilet pare-balles. Il recule d’un mètre. « C’est un obus au phosphore, explique Pasqualini. Il faut faire attention, parce que ça s’enflamme au contact de l’air. Donc là, on referme le trou et on n’y touche plus. On reviendra dans quelques jours pour l’enlever ».

Lundi, le service de déminage des Nations-Unies a annoncé que plus de 17000 bombes à fragmentations et 600 autres engins non explosés ont été détruits au Liban, avec la coopération de la Finul renforcée et de l’armée libanaise. Mais personne ne se risque à dire combien de temps sera nécessaire pour débarrasser la région des obus et sous-munitions non explosées, qui ont déjà fait 13 morts et une vingtaine de blessés parmi la population locale depuis le cessez-le-feu le 14 août. En attendant, la radio et la télévision libanaises diffusent en boucle des avertissements pour inciter les habitants à ne pas aller dans les champs. Message reçu : « Je n’irai pas ramasser mes olives, il y a des sous-munitions partout », confie un habitant de Naqoura.

Envoyée spéciale à Naqoura (Liban-sud) Faustine Vincent