Un soldat malien se tient sur la route reliant Konna à Sévaré, au Mali, le 27 janvier 2013.
Un soldat malien se tient sur la route reliant Konna à Sévaré, au Mali, le 27 janvier 2013. — E.GAILLARD / REUTERS

CONFLIT

Mali: Après le retrait de l'armée française, les forces africaines ne seront pas délaissées

La France n'a pas vocation à rester dans le pays, selon François Hollande, mais elle ne désertera pas complètement le terrain à l'avenir...

La bonne progression des troupes franco-maliennes vers le nord du Mali devrait permettre à la France de laisser prochainement les commandes de l’intervention contre les insurgés islamistes aux forces africaines. Mais cette force internationale est encore loin d’inspirer toute confiance, et l’armée française et ses alliés devraient du coup rester dans les parages.

François Hollande a reconnu lundi que «la partie du Nord» dévolue à la seule force africaine (Misma) «est la plus difficile», d’où une aide qui ne devrait pas être si passive que cela. Officiellement, les soldats français qui resteront sur place ne seront là que pour encadrer et former l'armée malienne, qui doit bénéficier à partir de la mi-février de l'appui de la mission européenne de formation (EUTM), non combattante, composée de 450 hommes dont 200 instructeurs.

«La guerre n’est pas gagnée»

Chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste des questions militaires, Philippe Migault expliquait récemment à 20 Minutes d’une part que «les armées africaines ne font absolument pas le poids, ni en termes d'équipement ni en termes de formation, face à des islamistes lourdement armés», et d’autre part que seuls la France et le Tchad disposaient des moyens de renseignement et des forces mobiles avec une forte puissance de feu nécessaires dans la zone de combat désertique du Nord-Mali. «La guerre n’est pas gagnée, elle n’a pas commencé. Ou presque», résumait-il.

Heureusement, l’isolement français commence à se résorber peu à peu et Paris pourra compter, même en cas de retrait, sur un soutien accentué de la Grande-Bretagne, bien que ses soldats ne prendront jamais part aux combats. Londres a déjà envoyé un avion de surveillance Sentinel R1 et deux avions de transport C-17, ainsi qu’une dizaine d'instructeurs militaires à Bamako dans le cadre de l’EUTM.

Strict minimum côté américain

La Grande-Bretagne a également annoncé ce mardi un renforcement de son assistance logistique aux forces françaises et l'envoi de 40 soldats pour l’EUTM. Quelque 200 soldats vont en outre participer à des missions semblables dans les pays anglophones d'Afrique de l'Ouest. Londres envisage par ailleurs d'envoyer 70 hommes supplémentaires dans la région pour mener des opérations logistiques et de soutien. Un ferry pourrait également être mis à disposition pour acheminer des troupes françaises et de l'équipement en Afrique, et permettre à la France et ses alliés d'utiliser l'espace aérien britannique pour des ravitaillements en vol.

Côté américain, c’est bien plus sommaire. Les Etats-Unis ont fourni des renseignements, plusieurs avions de transports et de ravitaillement en vol pour soutenir l'offensive franco-malienne, mais ont eux aussi affirmé à plusieurs reprises qu'ils n'enverraient pas de troupes au combat. Des drones devraient cependant entrer en action prochainement, le Niger ayant autorisé leur déploiement sur son territoire afin de surveiller les insurgés islamistes.

Pour l'aspect financier, la conférence des donateurs pour le Mali réunie cette semaine en Ethiopie a déjà permis de dégager, de la part de la France, 47 millions d’euros pour la suite  -matériel et formation - , selon France Info. L’Union européenne dans son ensemble donnera 50 millions d’euros, tandis que le Japon versera près de 90 millions d’euros «à des organisations internationales qui travaillent à la stabilisation du Mali et du Sahel», indique la radio ce mardi. Enfin, pour la seule Misma, 337 millions d’euros auraient déjà été financés sur les 340 millions nécessaires à son fonctionnement. Cependant, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedao) a chiffré à 900 millions d’euros le coût de la reconstruction du Mali.