Les réactions du monde musulman

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Le pape a l'occasion, pour la première fois, de s'exprimer publiquement lors de l'Angelus dominical face aux fidèles venus le saluer sur la place de sa résidence de Castel Gandolfo, dans la campagne romaine.
Le pape a l'occasion, pour la première fois, de s'exprimer publiquement lors de l'Angelus dominical face aux fidèles venus le saluer sur la place de sa résidence de Castel Gandolfo, dans la campagne romaine. — Farjana K. Godhuly AFP

Voici les réactions du monde musulman aux propos du pape Benoît XVI sur l’islam durant son voyage en Allemagne.

En Europe :

Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur, a réclamé "une clarification" du Vatican. "Nous souhaitons que l'Eglise nous donne très rapidement son opinion et clarifie sa position, afin qu'elle ne confonde pas l'islam, qui est une religion révélée, et l'islamisme qui n'est plus de la religion mais une idéologie politique."

Un responsable musulman italien, Ejaz Ahmad, président de la communauté pakistanaise et membre de la consultation sur l'islam organisée par le gouvernement à l'agence Ansa a demandé au pape de "retirer" ses déclarations. "J'espère que ces propos ne seront pas utilisés par les fondamentalistes islamistes", a-t-il déclaré.

Le secrétaire général du Conseil central des musulmans d'Allemagne, Aiman Mazyek, a estimé que le pape, au vu du passé de l'Eglise catholique, était mal placé pour critiquer les dérives extrémistes de l'islam. Interrogé par le quotidien munichois Süddeutsche Zeitung, Aiman Mazyek évoque "la sanglante christianisation forcée de l'Amérique du Sud, les croisades dans le monde islamique, le fait que l'Eglise se soit laissée récupérer par le régime nazi, et tout simplement l'expression 'guerre sainte', employée pour la première fois par le pape Urbain II" (pape de 1088 à 1099).
Il a demandé samedi au pape de présenter ses excuses. Il s'est également inquiété des nouvelles flambées de violence qu'a provoqué le discours de Benoît XVI. "Les protestations menacent, comme lors de l'épisode sur les caricatures. C'est grave", a-t-il dit.
"J'ai une haute opinion du pape mais je ne peux pas m'imaginer que ce n'était qu'une gaffe", a-t-il assuré dans un autre quotidien, le Badische Zeitung.
Dans un troisième journal, le Hamburger Abendblatt, le responsable de l'instance représentative des musulmans en Allemagne a appelé sa communauté à la mesure et à la poursuite du dialogue interreligieux. "En tant que citoyens allemands, nous devons avoir des rapports pleins de respect. Nos armes ne sont pas des musulmans avec le poing en l'air", a-t-il affirmé. Les propos de Benoît XVI "pourraient renforcer l'islamophobie en Europe, et en particulier en Allemagne". 

Des islamistes emprisonnés en Grande-Bretagne, dont Abou Qatada, figure de proue du "Londonistan", la mouvance radicale installée à Londres, dénoncent samedi dans un communiqué les propos du pape Benoît XVI sur l'islam. "O musulmans! Après Bush, Blair, Berlusconi, voilà que le tyran de Rome dévoile son charlatanisme et sa calomnie", dit le communiqué obtenu par l'Observatoire islamique, basé à Londres. "O musulmans! réjouissez-vous de la victoire. Votre ennemi n'a plus d'excuses contre la destruction et la ruine", ajoute le communiqué en appelant les musulmans à "davantage de fermeté et d'abnégation". Le directeur de l'Observatoire islamique, Yasser Sirri, qui ne précise pas comment il a obtenu le communiqué, condamne pour sa part les propos de Benoît XVI, qui, selon lui, "dénotent une ignorance et une haine profonde de l'islam et des musulmans".

La Communauté des musulmans d'Autriche, qui représentent près de 10% de la population dans ce pays, a réclamé "une mise au point" du pape Benoît XVI.

Les musulmans du monde entier ont un grief légitime vis-à-vis du pape Benoît XVI, a affirmé samedi un chef islamique russe. "Désormais, chaque musulman dans le monde est en droit de lui présenter des exigences - le temps dira sous quelle forme", a expliqué le co-président du Conseil russe des muftis Nafigoulla Achirov à la radio Echo de Moscou. Les déclarations du pape "offensent tous les musulmans du monde car elles s'attaquent aux principes fondamentaux de l'islam", a estimé M. Achirov. "Ce n'est pas une personne ordinaire qui parlait, mais quelqu'un qui est engagé dans le dialogue interconfessionnel. C'est une grosse erreur politique de sa part. Ces déclarations montrent que c'est une personne irresponsable".


Proche-Orient :

Un responsable musulman turc a vivement dénoncé les déclarations "haineuses et hostiles" faites par le pape Benoît XVI sur l'islam, allant jusqu'à mettre en cause une prochaine visite du souverain pontife en Turquie. "Ses paroles reflètent la haine qu'il a dans son coeur (...) Ses déclarations sont très hostiles et haineuses", a déclaré Ali Bardakoglu, directeur du département des affaires religieuses auprès du gouvernement turc, sur la chaîne d'information NTV.

Le Premier ministre palestinien membre du mouvement islamiste Hamas, Ismaïl Haniyeh, a condamné les propos du pape : "au nom du peuple palestinien, nous condamnons les propos du pape sur l'islam. Ces propos vont à l'encontre de la vérité et touchent l'essence de notre foi. Le pape doit réviser ses déclarations et cesser de porter atteinte à l'islam qui est la religion de plus de 1,5 milliard personnes dans le monde".
De son côté, Ismaïl Radouane, un responsable du Hamas et professeur à l'université islamique de Gaza a lui aussi affirmé que "les déclarations du pape portent atteinte à l'Islam, à son prophète et ne favorisent pas le respect et le dialogue entre les religions. Les propos du pape ont touché tous les musulmans. Nous nous étonnons qu'il intervienne sur de telles questions et nous nous demandons si ces déclarations ne constituent pas un soutien à Israël.

Un député arabe israélien, Taleb Al-Sana, a dénoncé vendredi les propos du pape sur l'islam, soulignant que "la Shoah a eu lieu dans le monde chrétien".

Le guide spirituel des Frères musulmans, le principal groupe de l'opposition en Egypte, Mohammad Mehdi Akef, a appelé le pape Benoît XVI à s'excuser, estimant que ses propos sur l'islam jetaient de "l'huile sur le feu". Un autre dirigeant, Abdel Moneim Aboul Foutouh, a estimé samedi que les propos du Secrétaire d'Etat du Vatican Tarcisio Bertone ne "constituent pas une excuse" du pape aux musulmans. "Ce ne sont pas des excuses, le secrétaire d'Etat du Vatican se contente d'affirmer que le pape est désolé parce que ses propos ont été mal interprétés, or il n'y a pas eu de mauvaise interprétation", a dit M. Aboul Foutouh.
"Le pape a commis une erreur, il doit reconnaître son erreur et s'excuser. Si le pape respecte le trône pontifical, il doit s'excuser car il est un être humain et il peut faire des erreurs, ses propos étaient clairs et contenaient une atteinte incontestable à plus d'un milliard de musulmans".
Le cheikh d'al-Azahr, plus haute autorité de l'islam sunnite dans le monde, Mohammed Sayyed Tantaoui, a estimé que les propos du pape traduisaient "une ignorance de l'islam". Il se déclare "indigné" par les propos du pape et affirme qu'ils "traduisent une ignorance claire de l'islam et à son prphète et suscitent la colère de plus de 1,3 milliard de musulmans dans le monde". Cité par ailleurs samedi par le quotidien gouvernemental al-Ahram, cheikh Tanataoui a indiqué avoir "convoqué une réunion urgente des membres du Conseil des recherches islamiques, qui dépend d'al-Azhar, pour rédiger un communiqué réfutant les mensonges.
L'église copte égyptienne a, elle aussi, rejeté les propos du pape : "L'église rejette catégoriquement les propos du pape du Vatican. La religion chrétienne nous ordonne d'aimer l'autre quelle que soit sa religion et comme j'aime les adeptes de Jésus-Christ, je dois respecter le prophète des musulmans et les croyants musulmans et il est inacceptable d'offenser leurs sentiments religieux. Nous rejetons totalement toute atteinte aux symboles musulmans et toute atteinte au prophète des musulmans". 

Un cheikh sunnite a réclamé à Bagdad (Irak), lors de son prêche, l'expulsion des ambassadeurs du Vatican des pays musulmans après les propos tenus par le pape Benoît XVI sur l'islam.
Par ailleurs, deux groupes armés irakiens menacent le Vatican de représailles dans deux communiqués mis en ligne dimanche sur des sites islamistes. "Sachez que les soldats de Mahomet se dirigeront vers vous pour ébranler votre trône et les fondements de votre Etat, tôt ou tard", écrit Asaeb al-Irak al-jihadiya (Ligues jihadiste de l'Irak), un groupe qui met souvent en ligne des films présentés comme des attaques visant des objectifs américains en Irak. Le groupe appelle "tous les musulmans" à riposter contre "les chrétiens et les juifs, dont les religions sont hostiles à l'islam". Pour sa part, le groupe Jaïch al-Moujahidine, dont le département juridique avait menacé samedi de frapper à Rome et au Vatican, est revenu à la charge dimanche, en mettant en ligne un communiqué de son bureau politique, affirmant que sa riposte "se fera par les actes et non par les paroles". "Les propos n'étaient pas anodins ou un lapsus. Ils ont été bien calculés. Ils coïncident aussi avec le 5e anniversaire de la conquête de Manhattan", écrit le groupe, en estimant que "ces propos sont destinés à contrer le courant islamique qui s'étend en Europe".

Le député Daifallah Buramia, islamiste koweitien, a demandé samedi au gouvernement de cesser d'accorder des autorisations pour la construction d'églises dans cet émirat arabe.

La presse du Qatar s'en prend vendredi au pape Benoît XVI, le traitant d'"ignorant des principes de l'islam" et le sommant de présenter des excuses aux musulmans, après ses propos liant l'islam à la violence.

Un dignitaire religieux iranien a estimé que les propos du pape Benoît XVI sur l'islam reflétaient une "faiblesse d'esprit", avertissant que les musulmans réagiraient. Par ailleurs, les écoles de théologie iraniennes ont fermé leurs portes dimanche pour protester contre les propos du pape. "Toutes les écoles de théologie sont fermées pour montrer leur dégoût contre les propos outrageants et anti-islamiques du pape", a affirmé la télévision d'Etat.
La télévision iranienne a ajouté que les responsables des écoles de théologie de la ville sainte de Qom avaient "demandé aux séminaristes de se rassembler à 10h pour protester" contre les propos du pape.
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a rebondi lundi sur les propos du pape en les qualifiant de "dernier maillon" en date d'une croisade américano-sioniste contre l'islam. "Les caricatures insultantes, les remarques de certains politiciens contre l'islam font partie d'une chaîne de complot pour une croisade, et les remarques du pape sont le dernier maillon de cette affaire". Il a ajouté que ces propos faisaient partie d'une conspiration ayant commencé avec l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis qui cherchent à créer des crises entre les religions pour "atteindre leurs objectifs sataniques".
"L'aspect le plus important de ces propos, c'est qu'ils créent des crises inter-religieuses dans le monde et poussent vers la confrontation entre les religions". Il a ajouté que les protestations contre les déclarations du pape devaient viser le "Grand Satan", terme désignant les Etats-Unis. "Tout le monde doit considérer que le Grand Satan est responsable. Les protestations doivent viser ceux qui tirent bénéfice des remarques injustes du pape".
sionistes".
Mais l'ancien vice-président réformateur Mohammad Ali Abtahi, qui dirige le centre pour le dialogue entre les religions, a salué le "courage" du pape qui a "compris la sensibilité de la question et du monde musulman" en présentant ses regrets.
De son côté, l'hodjatolislam Mahmoud Mohammadi Araghi, qui dirige l'Organisation de la culture et des relations islamiques, une institution officielle du pouvoir iranien, a écrit une lettre ouverte aux chefs religieux de plusieurs pays islamiques pour proposer l'envoi d'une délégation de "scientifiques et érudits du monde islamique auprès du pape pour l'informer sur l'islam et l'avertir des dangers de ses propos pour la coexistence entre les religions".

Le secrétaire général du Front de l'Action islamique (FAI), émanation des Frères musulmans, M. Zaki ben Rcheid a qualifié de "pas dans la bonne direction, mais insuffisants" les regrets du pape Benoît XVI. Les propos du Secrétaire d'Etat du Vatican Tarcisio Bertone "sont un pas dans la bonne direction, mais ils ne sont pas suffisants", a indiqué M. ben Rcheid. "Il faut que les excuses soient accompagnées nécessairement de lettres claires qui tranquillisent" la communauté musulmane, a ajouté le secrétaire général du plus influent parti en Jordanie. "Si les déclarations du pape n'étaient qu'un lapsus, dans ce cas les excuses seraient suffisantes", a ajouté M. ben Rcheid qui a souhaité que "ces déclarations ne soient pas une expression des positions du pape et de l'église catholique, parce qu'alors le problème serait très grave". Il a estimé qu'il "n'est pas dans l'intérêt du monde occidental chrétien ni des musulmans qu'il y ait des tensions basées sur les convictions, les religions et les idéologies".

Le grand mufti d'Arabie saoudite a dénoncé les propos du pape Benoît XVI  : "C'est un mensonge. l'islam n'a rien à avoir avec le terrorisme". "L'islam est une religion de tolérance qui ne prêche pas la violence ni le terrorisme", a dit le mufti saoudien pour qui "insulter l'islam et son prophète n'est pas de nature à favoriser un rapprochement et une entente" entre les religions. Le ministre saoudien des Affaires islamiques, cheikh Saleh ben Abdel Aziz al-Cheikh, a demandé pour sa part des excuses du pape : "Nous appelons le vatican à présenter des excuses après cette grave offense à l'islam".

Mgr Nasrallah Sfeir, patriarche des chrétiens maronites, la principale communauté chrétienne du Liban, a estimé dimanche que les critiques formulées à l'encontre du pape Benoît XVI étaient "politiques". "L'islam en général respecte le Christ en tant que prophète. Les chrétiens et les musulmans ont intérêt à coopérer, surtout au Liban".


Au Maghreb :

Le Maroc a décidé de rappeler en consultation son ambassadeur au Vatican à la suite des "propos offensants" du pape, a annoncé le ministère marocain des Affaires étrangères. L'ambassadeur Ali Achour est rappelé en consultation à partir du 17 septembre "sur très hautes instructions" du roi Mohammed VI, a ajouté le ministère. Le roi Mohammed VI a adressé un message de protestation au pape Benoît XVI, avait auparavant indiqué l'agence officielle de presse Map.
"Sa Majesté le roi Mohammed VI, Commandeur des croyants, a adressé au pape Benoit XVI un message écrit, en réaction de protestation aux propos tenus sur l'Islam par le pape". Mohamed El Yazghi, chef de l'Union socialiste des forces populaires (USFP) - principal parti de la coalition gouvernementale -, s'est réjoui de la décision de Rabat de rappeler son ambassadeur. "C'est une réaction tout à fait normale du Maroc qui marque sa désapprobation des propos de Benoît XVI, surtout que les papes précédents et les représentants de l'Islam étaient entrés dans des relations de débat, de réflexion et de connaissance mutuelle", a-t-il dit.
Abdelilah Benkirane, un dirigeant du Parti islamiste justice et développement (PJD, modéré), a remercié le roi pour ce rappel. "C'est une décision sage que le roi Mohammed VI a prise et nous demandons à Dieu de le remercier et de le glorifier", a-t-il dit. "Le pape devrait présenter publiquement des excuses concernant ses propos", a-t-il souligné.

Le ministre algérien des Affaires religieuses Bouabdallah Ghlamallah a appelé le pape Benoît XVI à présenter des "excuses" aux musulmans. Ces déclarations "attentatoires à l'islam et à son prophète Mahomet ne servent pas l'humanité car elles interviennent dans un contexte marqué par une flagrante méconnaissance de l'Islam", indique le ministre.
Le président du Haut conseil islamique (HCI) algérien Cheikh Bouamrane a dénoncé, lui, les propos du pape en estimant que le souverain pontife "ignore tout de l'islam. Or le pape précédent avait demandé aux musulmans et aux chrétiens d'oublier leurs querelles passées et de travailler ensemble au salut de l'humanité, à la justice sociale et à la défense des valeurs spirituelles", a affirmé M. Boumrane à la radion publique.

Le Conseil supérieur islamique de la République tunisienne "exprime sa profonde indignation et rejette de tels propos qui traduisent une ignorance du message sublime de l'islam et portent atteinte aux convictions des musulmans". Le Conseil a déploré que Benoît XVI eût tenu ces propos sur l'islam et la violence "en cette conjoncture qui, pourtant, commande à tous de renforcer davantage le dialogue entre les différentes religions et civilisations". Soulignant que "la Tunisie a toujours oeuvré en vue de consacrer l'esprit de tolérance, le dialogue et le respect des symboles sacrés des peuples", le Conseil islamique a souligné "la nécessité de redresser rapidement la situation avec sagesse et clairvoyance, de manière à servir les nobles objectifs d'entente et de dialogue entre les civilisations et les religions".


Aux Etats-Unis :

La présidente d'une importante organisation islamique américaine, le Dr Ingrid Mattson, récemment élue à la tête de l'Islamic Society of North america (ISNA), a estimé que les critiques du pape Benoît XVI sur l'Islam était "inexactes et opportunistes".
Le Conseil pour les relations américano-musulmanes (CAIR) appelle au dialogue entre catholiques et musulmans. "La réponse appropriée aux propos inexacts et polémiques du Pape est, pour les musulmans et les catholiques, de nouer un plus grand dialogue afin de construire de meilleures relations entre la chrétienté et l'islam", écrit l'organisation de défense des droits des musulmans. "Cet épisode malheureux offre aux Chrétiens l'occasion d'en apprendre plus sur l'islam, le prophète Mahomet et le concept du jihad", estime encore l'organisation qui cite longuement le Coran pour contrecarrer les propos du pape. CAIR a demandé à rencontrer le représentant du Vatican à Washington pour évoquer la controverse. "Continuons à mener les efforts interconfessionnels promus par le pape Jean-Paul II qui a fait de grands pas pour rapprocher musulmans et catholiques".


En Asie :

La commission nationale pour les minorités en Inde a jugé vendredi que les propos du pape Benoît XVI sur l'islam sonnaient comme un appel aux "Croisades du Moyen Âge".
Des militants islamistes du Cachemire indien ont appelé lundi à une journée de grève dans le territoire après les propos du pape Benoît XVI. Dans la capitale d'été du Cachemire indien, Srinagar, la plupart des administrations étaient fermées et les commerces avaient baissé le rideau, ont constaté des témoins.
Cette grève est organisée par une faction dure de l'alliance séparatiste du territoire, la Conférence Hurriyat, et soutenue par le syndicat des fonctionnaires du gouvernement du Cachemire.

Le parlement pakistanais a adopté vendredi une résolution demandant au pape de "retirer ses propos" liant l'islam à la violence, tandis que le ministère pakistanais des Affaires étrangères a dénoncé "l'ignorance" du souverain pontife sur la religion musulmane. "Les remarques péjoratives du pape sur la philosophie du djihad (guerre sainte) et le prophète Mahomet ont blessé les sentiments du monde musulman et présentent le danger de répandre l'acrimonie parmi les religions", affirme la résolution adoptée à l'unanimité par l'assemblée nationale pakistanaise.
Le Pakistan a demandé lundi à Genève au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, au nom de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), de débattre de la tolérance religieuse après les déclarations du pape. L'ambassadeur du Pakistan, Masood Khan, qui s'exprimait devant le Conseil au nom de l'OCI, a réclamé que l'organe onusien débatte de la question dès cette semaine. 

Le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono a regretté les propos du pape sur l'islam et la guerre sainte, tout en appelant à maintenir "l'harmonie" entre les religions présentes en Indonésie. "En plus d'être peu judicieux, c'est également inopportun et cela perturbe beaucoup les efforts pour tisser un dialogue entre les différentes religions et cultures". Il a par ailleurs espéré que le Vatican prendrait "des mesures réparatrices constructives afin de mettre fin à la tension née après la déclaration du pape". "A la population indonésienne, en particulier aux musulmans, même si je peux comprendre vos sentiments, je dis restez patients, dominez-vous et permettons que l'unité perdure en notre sein, y compris l'harmonie entre les croyants".
Par ailleurs, plus d'une centaine de membres d'un groupe islamique radical indonésien ont appelé lors d'une manifestation lundi à Jakarta à "crucifier le pape". Les pancartes brandies par les manifestants du Front des défenseurs de l'islam (FPI) affichaient en lettres noires des slogans tels que "Crucifiez le pape", "Vatican, axe de Satan" ou encore "Le Prophète est sublime, le pape est petit et vil". Le rassemblement s'est déroulé dans le calme devant la représentation du Saint-Siège à Jakarta. Les membres du FPI étaient comme à leur habitude habillés de blanc et coiffés de la calotte des musulmans traditionalistes. "Nous exigeons que le pape présente des excuses publiques adressées directement aux musulmans", a lancé à la foule un organisateur.

Les talibans afghans ont exigé samedi des excuses du pape après ses propos. "Nous les condamnons fermement", a déclaré par téléphone Mohammad Hanif, un porte-parole des talibans. "Nous voulons aussi que le pape s'excuse auprès de la nation musulmane". Ces propos font "manifestement partie de la croisade que l'Occident, principalement l'Amérique et Bush mène conte l'islam et les musulmans".

Abdullah Ahmad Badawi, Premier ministre de la Malaisie, pays à majorité musulmane, a exigé des excuses du pape Benoît XVI. "Le pape ne doit pas prendre à la légère le scandale qu'il a provoqué", a déclaré M. Abdullah, qui préside l'Organisation de la conférence islamique (OCI). "Le Vatican doit dorénavant assumer l'entière responsabilité sur la question et prendre les mesures nécessaires afin de rectifier l'erreur. Il est regrettable qu'une personnalité aussi éminente que le pape ne montre pas le chemin afin de promouvoir de bonnes relations entre les religions... Au lieu de cela, sa déclaration a eu l'effet de semer davantage de discorde et n'encouragera pas le dialogue entre les religions".

Le responsable officiel des musulmans chinois a dénoncé lundi les propos de Benoît XVI. "Dans son discours, Benoît XVI a insulté à la fois l'islam et le prophète Mahomet", a déclaré à l'agence officielle Chine Nouvelle Chen Guangyuan, président de l'Association islamique de Chine, qui dépend des autorités communistes et est chargée de contrôler les plus de 18 millions de musulmans chinois. "Cela a gravement blessé les sentiments des musulmans à travers le monde, dont ceux de Chine", a-t-il ajouté, réclamant des excuses personnelles du pape et le retrait de ses propos.


En Afrique :

En Somalie, où une religieuse a été tuée dimanche par balles, un chef religieux somalien de Mogadiscio lié au puissant mouvement des tribunaux islamiques a appelé les musulmans à "se venger" du pape, ajoutant que toute personne offensant le prophète Mahomet devait "être tuée". "Nous vous exhortons, musulmans, où que vous soyez, à pourchasser le pape pour ses propos barbares, comme vous avez traqué Salman Rushdie, l'ennemi d'Allah qui avait offensé notre religion", a déclaré Cheikh Abubukar Hassan Malin, un important chef musulman de Mogadiscio lors de la prière du soir vendredi. "Quiconque offense notre prophète Mahomet devrait être tué par le musulman se trouvant le plus proche de lui", a ajouté cheikh Malin dans une mosquée du sud de Mogadiscio. "Nous appelons toutes les communautés islamiques du monde entier à se venger". 
Interrogé sur les propos du pape, un autre membre du Conseil Suprême Islamique de Somalie (SICS), Cheikh Ahmed Abdullahi, a exprimé une colère similaire, mais s'est refusé à appeler au meurtre.
Benoît XVI "doit s'excuser car il a insulté la plus honorable des personnes qui ait jamais vécu en ce monde", a-t-il dit.