Attaque à Benghazi: Hillary Clinton remet les républicains à leur place

ETATS-UNIS Accusée d'incompétence par certains, et d'avoir voulu étouffer l'affaire par d'autres, la secrétaire d'Etat a enfin témoigné devant le Congrès, mercredi...

Philippe Berry, avec Reuters

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La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, témoigne devant le Congrès, le 23 janvier 2013 sur l'attaque contre le consulat de Benghazi, le 11 septembre 2013.
La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, témoigne devant le Congrès, le 23 janvier 2013 sur l'attaque contre le consulat de Benghazi, le 11 septembre 2013. — J.S.APPLEWHITE/AP/SIPA

«Si tu ne supportes pas la chaleur, ne reste pas dans la cuisine», répète souvent Hillary Clinton. Passée au gril par une commission du Congrès sur l'attaque contre le consulat de Benghazi, la secrétaire d'Etat a choisi la meilleure défense, mercredi: l'attaque.

«Le peuple américain a été induit en erreur quand vous avez d'abord parlé d'une manifestation spontanée. Un simple coup de fil aurait permis de clarifier l'origine de l'attaque dans les heures qui ont suivi», commence le républicain Ron Johnson. «Sénateur, quand vous êtes dans ce type de situation, la dernière chose que vous voulez faire est d'interférer avec le processus en place, je vous recommande de lire le rapport officiel», répond sèchement Clinton.

Alors que Johnson, insiste, la secrétaire d'Etat s'emporte: «Avec tout le respect que je vous dois, on avait quatre Américains tués. Que cela soit dû à une attaque planifiée de terroristes ou à une action spontanée, quelle différence à ce moment!? Notre job, c'était de déterminer ce qu'il s'est passé et de nous assurer que cela ne se reproduise pas.»

«C'est personnel»

Plus tard, Hillary Clinton a dû contrôler son émotion, expliquant, la voix tremblante: «J'ai embrassé les mères et les pères, les frères et les sœurs, les fils, les filles et les épouses qui se sont retrouvées seules pour élever leurs enfants. Pour moi, ce n'est pas qu'une question politique, c'est personnel.»

Une commission indépendante a conclu en décembre que la responsabilité d'Hillary Clinton n'était pas engagée, mais que le dispositif de sécurité du consulat américain de Benghazi était «extrêmement inadapté» au moment de l'attaque, en raison de failles de «leadership et de gestion» dans deux services du département d'Etat.

«Les demandes en matière de sécurité liées à Benghazi étaient gérées par les professionnels de la question au sein du Département», a expliqué Hillary Clinton, dont l'audience par la Commission a été retardée d'un mois à la suite de ses multiples problèmes de santé.

Menace terroriste en Afrique

Selon Hillary Clinton, l'attaque contre le consulat américain de Benghazi perpétré par des miliciens islamistes affiliés à Al-Qaïda «n'est pas survenu dans le vide». A ses yeux, «les révolutions arabes ont bouleversé l'équilibre des forces dans toute la région (et) l'instabilité au Mali a créé un refuge pour des terroristes qui cherchent à étendre leur influence et à perpétrer davantage d'attaques du genre de celle de la semaine dernière en Algérie».

De fait, la guerre au Mali et la prise d'otages en Algérie nourrissent les craintes des Etats-Unis qui redoutent depuis des mois une déstabilisation de l'Afrique du Nord par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et ses affidés. Les «inquiétudes face au terrorisme et à l'instabilité en Afrique du Nord ne sont pas nouvelles», a reconnu Clinton. «Mais après Benghazi, nous avons accéléré notre campagne diplomatique pour augmenter la pression sur Aqmi et d'autre groupes terroristes dans la région», a-t-elle affirmé.

2016 en ligne de mire

Avec l'épisode Benghazi, Hillary Clinton joue gros. Celle qui doit quitter son poste dans les prochains jours répète que sa priorité est de «se reposer» après plus d'un million de kilomètres et 110 pays visités en quatre ans à la tête du département d'Etat. Mais tous les experts en font la favorite dans la camp démocrate pour la présidentielle de 2016, alors qu'elle compte 67% d'opinions favorables. En cas de candidature, c'est une certitude, on entendra encore parler de Benghazi.

La passe d'armes en vidéo: