Législatives en Israël: «Il y a régulièrement en Israël des poussées de fièvre laïque»

INTERVIEW Frédéric Encel, professeur à l'ESG management school et auteur d'un «Atlas géopolitique d'Israël» (éd. Autrement, 2012) décrypte pour «20 Minutes» les résultats des élections législatives en Israël...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, s'adresse aux médias, lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 14 novembre 2012.
Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, s'adresse aux médias, lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 14 novembre 2012. — RONEN ZVULUN/ REUTERS

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, dont la liste a fait une contre-performance aux élections législatives de mardi, devrait se maintenir au pouvoir. Mais cette victoire étriquée -il n'a obtenu que de 32 ou 33 sièges contre 42 sur 120 dans le Parlement sortant, selon les sondages sortie des urnes-  n'est pas une «claque» selon Frédéric Encel, professeur de géopolitique à l’ESG management school et spécialiste du Proche-Orient. En effet, selon l'auteur de l'Atlas géopolitique d’Israël (éd. Autrement, 2012) ces résultats von au contraire lui permettre de gouverner selon sa préférence: le centre-droit.

Le résultat de ces législatives est-il une victoire pour Benyamin Netanyahou?

Oui, bien sûr. Il a perdu onze sièges par rapport à la dernière législature, mais il faut contextualiser cette victoire: jamais, sauf en 1951 et en 2011, un Premier ministre n’est arrivé triomphalement au pouvoir avec une marge extrêmement importante. De plus, il y a quatre ans, Benyamin Netanyahou n’avait pas d’autre choix que de former une coalition extrêmement nationaliste. Or, il n’a jamais caché sa préférence pour le centre-droit.

Il va donc avoir les coudées franches pour agir selon sa propre opinion. Il devrait s’allier avec le parti Yesh Atid (Un Avenir existe) de Yaïr Lapid et le parti Bayit Yehudi (Le Foyer juif) de Naftali Bennett, qui ont le même avis sur deux dossiers extrêmement importants pour les Israéliens: la modification du mode de scrutin et la conscription obligatoire pour les ultra-orthodoxes.

La percée du nouveau parti centriste Yesh Atid est-elle si inattendue que cela?

Il est vrai qu’on ne les attendait pas à un tel niveau. Cependant, si Yaïr Lapid est un nouveau visage, le phénomène auquel nous assistons aujourd’hui n’est pas nouveau. Il y a régulièrement en Israël des poussées de fièvre laïque. La preuve: avant Yaïr Lapid, son père Yosef «Tommy» Lapid avait créé un grand parti centriste ultra-laïc, le Shinui, parti de zéro pour arriver à 15 sièges à la Knesset en 2003. Mais cela n’avait duré qu’une législature, et les Israéliens étaient ensuite «revenus au bercail».

Et la montée de l’extrême droite?

Ce n’est pas nouveau non plus. Bayit Yehudi est l’héritier du parti national religieux qui existe quasiment depuis la création d’Israël. Il a connu de nombreuses crises internes graves, mais s’est trouvé aujourd’hui un nouveau visage, Naftali Bennett, capable de remonter ce parti qui s’était délité. Le PNR a presque toujours fait 12 sièges, ce qui est exactement le même score qu’aujourd’hui. C’est également vrai pour les autres petits partis, qui remportent quasiment le même nombre de sièges que dans les dernières législatures.

Qu’y a-t-il de nouveau à l’issue de ce scrutin alors?

On note un coup d’arrêt de la droitisation de l’opinion, au profit d’une «centrisation». De plus, sur le plan socio-économique, la perte de vitesse des deux partis ultralibéraux, le Likoud et Israël Beïtenou, montre que le mouvement des Indignés ne s’est pas évanoui, et a même réussi à capitaliser politiquement.

Que va-t-il se passer maintenant?

Le Président israélien va appeler le leader du parti arrivé en tête des élections législatives, Benyamin Netanyahou donc, à qui il va donner trois semaines, renouvelables une fois, pour constituer un gouvernement reposant sur au moins 61 des 120 députés élus à la Knesset. Vu son score, Yaïr Lapid sera un pivot du prochain gouvernement, et aura à coup sûr un ministère régalien. S’il n’entre pas dans le gouvernement, il n’y aura pas de coalition. Si Bayit Yehudi fait également partie de cette coalition, ce que je pense, Naftali Bennett aura également un ministère régalien. Il pourra également y avoir des surprises dans les nominations, dans la mesure où il y a eu un important renouvellement du personnel politique dans les listes.