Référendum britannique sur l'Europe: Hollande rappelle le Royaume-Uni à ses obligations

EUROPE La proposition du Premier ministre du Royaume-Uni d'organiser un référendum dans le pays sur l'appartenance à l'Union européenne est globalement critiquée par les gouvernements européens...

Anne-Laëtitia Béraud avec agences

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Le drapeau de l'Union européenne, qui vient de se voir attribuer le prix Nobel de la Paix 2012.
Le drapeau de l'Union européenne, qui vient de se voir attribuer le prix Nobel de la Paix 2012. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

L’annonce de David Cameron fait vivement réagir ce mercredi. Le Premier ministre britannique a indiqué dans la matinée qu’il souhaitait mettre en place un référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne, appelant à recentrer la relation de son pays avec l'Union européenne «sur le marché unique». 

En France, le Président François Hollande «a manifesté son souhait que le Royaume-Uni demeure au sein de l'Union européenne et rappelé qu'être membre de l'UE comportait un certain nombre d'obligations», a indiqué ce mercredi midi la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem. La solidarité est indispensable en Europe et vaut pour tous ses membres, a ajouté la ministre. «L'Europe à laquelle nous croyons est un pacte de solidarité qui vaut pour tous les Etats membres, sinon elle n'est pas la solidarité», a-t-elle précisé.

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a lancé un peu plus tôt sur France Info qu’«on ne peut pas faire l'Europe à la carte (…) L'Europe, mettons que ce soit un club de football, on adhère à ce club de football, mais une fois qu'on est dedans, on ne peut pas dire on joue au rugby», a-t-il ajouté. Il a en outre lancé: «Ça risque d'être dangereux pour la Grande-Bretagne elle-même, parce que la Grande-Bretagne hors de l'Europe (cela va être) difficile.»

«Picorer à la carte n'est pas une option»

«La Grande-Bretagne est un membre particulier de l'Union européenne, bien sûr, depuis l'origine (…) elle n'est pas dans les accords de Schengen, mais en même temps, elle est extrêmement utile», a estimé le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, sur BFM TV et RMC.

Au parlement britannique, Ed Milliband, chef de file de l'opposition travailliste, a estimé que David Cameron engageait l'économie britannique dans un «pari très risqué». Peter Mandelson, un ancien commissaire européen issu du parti travailliste, a prévenu que l'UE n'apprécierait pas d'être considérée «comme une cafétéria où l'on apporte son propre plateau et d'où on s'en va en emportant ce que l'on veut». Le vice-Premier ministre Nick Clegg, meneur des libéraux-démocrates, a également critiqué l'annonce du référendum, estimant que la fragile reprise de l'économe britannique serait affectée par «des années et des années d'incertitude du fait d'une renégociation interminable et mal cadrée de notre place en Europe».

Discours «infect»

L'ancien commissaire européen Peter Sutherland, un Irlandais qui a dirigé l'Organisation mondiale du commerce (OMC), a jugé mercredi «infect» le discours du chef du gouvernement britannique, qui ne parviendra pas selon lui à renégocier. «Dans mon esprit, ce sera a) impossible, et b) cela créera une réaction très négative», a-t-il dit au Forum économique mondial de Davos (Suisse).

Quant au président du Parlement européen Martin Schulz, il a estimé sur son compte Twitter: «Nous avons besoin d'un Royaume-Uni membre à part entière, qui ne reste pas ancré dans le port de Douvres», critiquant lui aussi la volonté britannique de créer une «Europe à la carte».

«Pas une si mauvaise nouvelle»

Peu ou prou le même son de cloche du côté de l’Allemagne, qui s’est fait entendre par la voix de son ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle. Ce mercredi, le chef de la diplomatie allemande a estimé que «l'Allemagne souhaite que le Royaume-Uni reste un élément actif et constructif de l'Union européenne (...) mais picorer à la carte n'est pas une option». 

Pour le ministre suédois des Affaires étrangères, la requête de Londres entraînerait dans son sillage toute une série de demandes d'autres Etats membres qui détruiraient le marché unique que partageront 28 pays lorsque la Croatie aura adhéré. «La flexibilité, ça semble bien, mais si vous ouvrez la voie à une Europe à 28 vitesses, à la fin il n'y a plus d'Europe du tout. Juste un fouillis», a écrit Carl Bildt sur Twitter.

Allié privilégié de Londres, le gouvernement américain a fait savoir qu'il souhaitait que la Grande-Bretagne reste membre de l'UE avec une «voix forte».

En France, le député UDI de l'Eure Hervé Morin s'est plutôt réjoui de ce projet de référendum. Sur Twitter, le président du Nouveau Centre a estimé que «ce ne serait pas une si mauvaise nouvelle...»

Au Front national, le vice-président du parti, Florian Philippot, a salué dans un communiqué «l'esprit très démocratique du gouvernement britannique», un pays «où il n'est pas imposé aux opinions publiques cette alternative idiote entre la mort et le carcan européiste.»