Florence Cassez entrevoit à nouveau la liberté

JUSTICE La Cour suprême examine, ce mercredi, la condamnation de la Française à soixante ans de prison...

Vincent Vantighem

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Florence Cassez a été condamnée à soixante ans de prison en appel pour « enlèvements ».
Florence Cassez a été condamnée à soixante ans de prison en appel pour « enlèvements ». — C. BENJAMIN / SIPA

Elle a passé plus de deux mille six cents jours derrière les barreaux mexicains. Florence Cassez garde pourtant l’espoir de voir, ce mercredi, sa condamnation à soixante ans de prison annulée par la Cour suprême du Mexique. Echaudés par une série de décisions défavorables, ces principaux soutiens préfèrent garder le silence avant l’audience. Pourtant, la Française a, cette fois, de grandes chances que sa situation évolue. 20 Minutes explique pourquoi.

Quel est le pouvoir de la Cour suprême?

Equivalent à la Cour de cassation française, la Cour suprême du Mexique se prononce sur la forme des affaires et non sur le fond. Elle a le pouvoir de casser ou de confirmer une décision de justice ou encore de réclamer la tenue d’un nouveau procès. Devant cette instance, les avocats de la Française de 38 ans ont déposé un mémoire détaillant dix-huit arguments censés établir son innocence.  En mars dernier, lors d’une première audience, ce pourvoi (amparo en droit mexicain) avait été rejeté car il n’avait pas recueilli la majorité des voix des cinq juges de la Cour suprême. Mercredi, c’est donc à un second examen de ce dossier auquel les juges vont se livrer.

Comment va se dérouler l’audience?

La Chambre de la Cour suprême est composée de cinq juges. L’un d’entre eux, la juge Olga Sanchez, va d’abord présenter un projet de sentence. Ensuite, les quatre autres juges vont s’exprimer pour dire s’ils sont d’accord ou non avec ce projet de sentence. Pour qu’une décision soit entérinée, il faut une majorité de trois voix. En mars dernier, il avait manqué une voix à la Française pour obtenir une décision favorable. Si aucune majorité ne se dégage, mercredi, un sixième juge sera nommé afin de tenter de trouver un consensus. S’il n’y parvient toujours pas, le cas de Florence Cassez sera alors examiné par la Cour suprême en séance plénière devant l’ensemble des juges qui la composent.

Vers un nouveau procès?

Selon plusieurs médias mexicains, la juge Olga Sanchez devrait proposer, mercredi, d’annuler la condamnation de la Française et de provoquer la tenue d’un nouveau procès afin d’examiner le fond du dossier. Convaincue de l’innocence de la Française, la juge aurait ainsi plus de chances d’obtenir la majorité des voix que si elle réclamait la libération immédiate de la Française.  Si la Cour suprême décide d’un nouveau procès, le dossier de la Française sera alors transmis à un tribunal pénal qui disposera de dix mois pour statuer sur son cas. Il devra, en outre, tenir compte des attendus du jugement de la Cour suprême.

«Elle est plus forte que jamais», affirme Jean-Luc Romero, président de son Comité de soutien...

Quels sont les éléments qui plaident en faveur de la Française?

Depuis la date de sa condamnation, de nombreux éléments en faveur de Florence Cassez sont apparus. Le premier d’entre eux est sans aucun doute la révélation de la mise en scène de son arrestation par la police. Interpellée le 8 décembre 2005 sur une route au sud de Mexico, la Française a pourtant fait l’objet d’une arrestation «en direct» devant les caméras de télévision mexicaines le lendemain. Mardi, l’animateur de l’une des chaînes d’information mexicaines s’est excusé publiquement, reconnaissant avoir été manipulé lors du tournage de cette arrestation. En outre, plusieurs témoignages à charge contre la Française ont été remis en cause après la révélation de pressions exercées par la police mexicaine. Si elle convoque un nouveau procès, la Cour suprême pourrait demander explicitement que tous ces éléments soient expurgés du dossier de la Française. Enfin, le juge de la Cour suprême qui en mars dernier avait été le plus virulent à son encontre est depuis parti à la retraite et a été remplacé par un juge plus jeune, réputé moins conservateur.

Dans quel état d’esprit se trouve Florence Cassez?

«Elle est plus forte que jamais», affirme Jean-Luc Romero, président de son comité de soutien qui l’a eue la semaine dernière au téléphone. Alors que ses proches s’inquiétaient ces dernières années pour elle, la Française garde toujours l’espoir depuis sa cellule de la prison de Tepepan. «Elle vit dans l’attente que la justice reconnaisse enfin son innocence», poursuit Jean-Luc Romero qui attendra la décision en France avec la mère de la Française.

Comment réagit l'opinion publique mexicaine?

Exit les affiches réclamant la peine de mort pour les auteurs d’enlèvement. Exit aussi les éditos ravageurs de la presse mexicaine. «Avec les révélation dans ce dossier, l’opinion publique mexicaine a changé d’avis sur le cas de Florence Cassez», confie une source diplomatique à Mexico. Mieux, avec l’investiture du nouveau président, Enrique Pena Nieto, la Française serait devenue le symbole pour le rétablissement des droits individuels au Mexique. «L’ancien président avait instrumentalisé cette affaire pour justifier sa politique dure, poursuit notre source. Aujourd’hui, le nouveau président ne se prononce pas et laisse la justice faire son travail.»