Prise d'otages d'In Amenas: Pourquoi l’Algérie a choisi l'intervention rapide sans négociation

DECRYPTAGE Entre obligation de circonscrire les otages sur le site, complexité du lieu d'intervention et posture de fermeté politique, l'Algérie a choisi ce jeudi de mener une intervention armée...

Bérénice Dubuc

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Panneau indicateur près du site gazier d'In Amenas, dans l'est de l'Algérie.
Panneau indicateur près du site gazier d'In Amenas, dans l'est de l'Algérie. — AFP PHOTO / STATOIL / KJETIL ALSVIK

Entre six et trente-quatre otages tués, pour quatre libérés. Le bilan de l’assaut mené ce jeudi par l'armée algérienne sur le site gazier où sont retenus les otages de la katiba des Moulathamine est pour le moins déséquilibré. Et pose d’autant plus question quant au choix qui a été fait par l’Algérie de privilégier l’intervention armée par rapport à la négociation.

L’intervention peut en effet sembler hasardeuse aux Français, qui n’ont pas l’habitude de ce «schéma tactique». «La France privilégie la négociation car elle a beaucoup d’avantages», explique Christophe Caupenne, ancien chef négociateur du Raid. «Elle permet de gagner du temps, ce qui peut amener à émousser la détermination de certains membres du groupes terroriste, ou casser la cohésion de ce groupe. Cela permet également d’obtenir un grand nombre de renseignements pour améliorer le plan d’intervention. Et bien entendu parce que cela permet parfois d’obtenir une résolution pacifique de la situation.»

«Il fallait absolument circonscrire les otages sur le site»

A l’inverse, l’Algérie a choisi l’intervention rapide, sans aucune négociation. Pour Jean-Luc Marret, maître de recherche à la Fondation pour la Recherche stratégique et spécialiste du terrorisme, «cette utilisation des moyens militaires pour gérer cette prise d’otages démontre que l’Algérie n’a pas de forces compétentes en matière de contre-terrorisme, comme le Raid ou le GIGN».

Il rappelle ainsi la pression mise par la France sur l’Algérie lors de la prise d’otages de l’Airbus d’Air France à Alger en 1994 pour qu’elle autorise l’avion à décoller et à se poser à l’aéroport de Marseille (Bouches-du-Rhône). «On savait déjà que les forces algériennes n’étaient pas compétentes en la matière. Ici, nous étions dans le même cas de figure, or on ne fait pas décoller aussi facilement un complexe gazier», explique-t-il.

Christophe Caupenne a une vision plus nuancée. «L’Algérie se trouvait face un dilemme. La première chose à faire dans le cas d’une prise d’otages, c’est de s’assurer que les otages ne soient pas éparpillés sur plusieurs sites, parce qu’alors il est beaucoup plus compliqué d’intervenir.» Or, c’est ce que les terroristes semblaient prêts à faire. «Il fallait absolument les circonscrire sur le site. Ils ont donc dû lancer l’assaut dans de mauvaises conditions, sans avoir eu beaucoup de temps pour se préparer.»

Des conditions particulières

De plus, la prise d’otages se déroule dans un lieu particulier, avec des conditions spéciales, souligne Christophe Caupenne. Il ne s’agissait pas d’une intervention en milieu urbain -ce à quoi sont habituées les forces spéciales algériennes entraînées pour les prises d’otages- mais dans le désert, et qui plus est sur un site gazier, très sensible. «Pour pouvoir les faire intervenir, il aurait fallu une infiltration de longue date, donc de longues négociations.» Or, dans ce genre de situation, il faut compter avec l’implication du politique, et l’Etat algérien a une posture de fermeté par rapport aux terroristes et ne négocie jamais.

«Nombre de pays ont dû proposer leur aide pour cette intervention, sachant que leurs compatriotes étaient retenus en otages, mais l’Etat algérien est souverain», rappelle Christophe Caupenne. Une source diplomatique à l’Elysée a en effet confirmé ce jeudi à 20 Minutes, sans faire de commentaire sur l’assaut, que «cela se passe sur le territoire algérien, cela relève donc de l’entière souveraineté algérienne», et que «chaque Etat confronté à une attaque terroriste réagit comme il le peut à la menace».