Intervention à In Amenas: «On tire dans le tas et on fait les comptes après»

INTERVIEW Pour Jean-Luc Marret, maître de recherche à la Fondation pour la Recherche stratégique et spécialiste du terrorisme, l'assaut de l'armée algérienne sur le site de la prise d'otages ressemble fort à la façon d’agir de la Russie à Beslan...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Photo non datée du site gazier d'In Amenas, en Algérie, attaqué par un groupe islamiste le 16 janvier 2012.
Photo non datée du site gazier d'In Amenas, en Algérie, attaqué par un groupe islamiste le 16 janvier 2012. — AFP PHOTO / STATOIL / KJETIL ALSVIK

Que penser des frappes aériennes des forces algériennes sur le site gazier d’In Amenas?

C’est très simple: on n’intervient pas dans un lieu pareil à l'aveugle. Il est très difficile de différencier les ravisseurs des otages, et ce type de complexe comprend plusieurs zones dangereuses. Il peut y avoir des conséquences importantes, comme des explosions non contrôlées. Cette utilisation des moyens militaires algériens prouve deux choses: que le pays n’a pas de forces compétentes en matière de contre-terrorisme, comme le Raid ou le GIGN en France, et que l’Algérie n’est pas un véritable Etat démocratique. Cette façon d’agir ressemble fort à celle des Russes à Beslan: on tire dans le tas et on fait les comptes après.

Cette façon de faire est-elle plus productive?

Non, c’est une légende de penser qu’un Etat qui pratique la loi «œil pour œil dent pour dent» avec les terroristes les dissuade de commettre par la suite des enlèvements contre ses ressortissants. D’autant plus que négocier, et parfois payer des rançons à des terroristes à un moment donné n’implique pas d’en verser à chaque fois.

Risque-t-il d’y avoir des conséquences pour l’Algérie?

Je ne pense pas qu’il y ait de conséquences diplomatiques. Une opération des forces de sécurité d’un pays dans un cas comme celui-ci peut toujours être un échec.