Pourquoi l'Algérie est passée aussi vite à l'action

Alexandre Sulzer

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Une photo datant du 14 décembre 2008 montrant une délégation parcourant le site gazier de Krechba, dans le sud algérien. 
Une photo datant du 14 décembre 2008 montrant une délégation parcourant le site gazier de Krechba, dans le sud algérien.  — STRINGER/AFP PHOTO

L’Algérie n’a pas fait traîner les choses. Dès le lendemain de la prise d’otages sur le site gazier d’In-Amenas, les autorités sont passées à l’action ce jeudi sans même avoir tenté de négocier. «Cette réaction n’est absolument pas surprenante, témoigne Mansouria Mokhefi, directrice du programme Afrique/Moyen-Orient à l’Institut français des relations internationales (Ifri). L’Algérie a toujours déclaré ne pas négocier avec les preneurs d’otages. Cette position a été également observée dans le dossier des diplomates algériens enlevés au Mali.»

Après vingt ans de lutte contre les Groupe islamiques armés (GIA), le groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) et Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), la fermeté est devenue l’une des pierres angulaires de la politique anti-terroriste d’Alger. «L’Algérie s’est toujours dite contrariée par le maintien de canaux de communication entre les groupes terroristes et les pays occidentaux», abonde Kader Abderrahim, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Une agression contre un symbole de la souveraineté algérienne

La prise d’otages à In-Amenas était d’autant plus sensible pour les autorités algériennes qu’elle vise un site gazier. «Même dans les années 1990, au cœur de la guerre civile, les islamistes n’avaient jamais mené d’attaques sur des sites stratégiques», ajoute Kader Abderrahim. «Alger a reçu cette agression contre un symbole de sa souveraineté comme une claque», complète Mansouria Mokhefi. Ce qui rendait d’autant plus improbable le fait que les autorités puissent accepter une aide opérationnelle extérieure d’un pays occidental pour libérer les otages. Et, a fortiori, de la France. Symbole colonial oblige.

In-Amenas est aussi un puissant symbole d’échec pour le pouvoir algérien. «Il est en guerre contre le terrorisme depuis vingt ans. Mais au cours de la dernière décennie, le non-dit a dominé, explique Mansouria Mokhefi. Alger a voulu présenter le pays comme sûr. La prise d’otages en est l’échec le plus fragrant.» «La question islamiste a été sous-traitée par Alger qui a chassé les groupes armés vers la Mauritanie et le Mali», selon Abderrahim. Mais las, les terroristes n’ont jamais renoncé au territoire algérien. «Ça explose à la figure de tout le monde, ajoute le chercheur. Alger [opposé à l’intervention française au Mali]  ne pensait  pas que ça arriverait si vite.»