Qui se cache derrière Mokhtar Belmokhtar, le «gangster djihadiste»?

PORTRAIT Khaled Abou Abass, son nom de guerre, est l'un des seigneurs de guerre les plus réputés du Sahara...

Bérénice Dubuc

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Photo distribuée par Aqmi d'un camp d'entraînement au Mali, en novembre 2010.
Photo distribuée par Aqmi d'un camp d'entraînement au Mali, en novembre 2010. — SIFAOUI MOHAMED/SIPA

Archive 20 Minutes. Cet article a été mis à jour à la suite de l'attentat de Bamako qui a fait cinq morts dans la nuit de vendredi à samedi.

Mokhtar Belmokhtar, le «gangster djihadiste», refait parler de lui. Son groupe terroriste al-Mourabitoune, formé en août 2013 par la fusion de l'ancien mouvement dirigé par l'Algérien avec le groupe islamiste radical Mujao, a revendiqué samedi l'attentat qui a fait cinq morts, dont un Français, à Bamako.

Surnommé «Le Borgne», «Mister Marlboro» ou encore «l'insaisissable», Mokhtar Belmokhtar a longtemps été l’un des chefs d’Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Il est spécialisé dans les prises d'otages: il est notamment à l'origine de l’enlèvement des deux Français Vincent Delory et Antoine de Léocour au Niger en janvier 2011. A la manoeuvre lors de l'attaque sanglante sur une installation gazière dans l'est de l'Algérie en janvier 2013, il aurait aussi supervisé le double attentat contre Areva au Niger en mai de la même année.

Ce vétéran de la rébellion islamiste dans le Sahara, qui porte habituellement un turban noir, est né à Ghardaïa, en Algérie, en 1972. Il se présente lui-même comme un djihadiste précoce. Dans une interview diffusée en 2007 sur des sites islamistes, il affirme s'être rendu en Afghanistan à l'âge de 19 ans pour y acquérir une formation et une expérience au combat. C’est à cette période que Khaled Abou Abass, son nom de guerre, perd un œil au combat contre l'armée soviétique, qui lui vaut l’un de ses surnoms, «le Borgne».

Spécialiste des prises d’otages

Son retour en Algérie en 1992 coïncide avec le véritable lancement de sa «carrière» de djihadiste. Il combat d'abord durant la guerre civile algérienne au sein du Groupe islamique armé (GIA) puis participe à la création du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui élargit progressivement ses opérations dans différents pays du Sahel en y attaquant les forces de sécurité. En 2007, le GSPC fait allégeance à Al-Qaida et devient le représentant de la nébuleuse islamiste en Afrique du Nord sous l'appellation d'Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi).

Mokhtar Belmokhtar prend la tête d'un bataillon d'Aqmi composé d’une centaine de membres, dont le rayon d’action s’étend dans le sud désertique de l'Algérie, à la frontière avec le Mali et en Mauritanie. Dans ses nouvelles fonctions, il est soupçonné d'implication dans l'enlèvement de 32 touristes européens en 2003. C’est lors de cette opération qu’il est surnommé «l'insaisissable» par les services de renseignements.

Il est également soupçonné d’avoir joué un rôle dans d’autres prises d’otages, notamment dans les négociations en 2008 pour la libération de deux Autrichiens et dans les négociations en 2009 pour la libération de deux Canadiens. Il est également à l'origine de l’enlèvement de deux Français au Niger en janvier 2011 ou encore de l’attentat contre l’ambassade de France en Mauritanie en août 2009.

«L'un des seigneurs de guerre les plus réputés»

Au-delà de son implication dans des enlèvements, il est l'un des plus importants «gangsters djihadistes» du Sahara. Mokhtar Belmokhtar, «l'un des seigneurs de guerre les plus réputés» de la région pour Stephen Ellis, professeur au Centre d'études africaines de Leyde (Pays-Bas), s'est en effet imposé dans la fourniture d'armes aux groupes islamistes de la région et dans le trafic de cigarettes, ce qui lui vaut localement le surnom de «Mister Marlboro».

Comme la plupart des groupes de combat algériens, il mélange criminalité et idéologie. Il est cependant réputé moins religieux que son «concurrent» à la tête d’une autre katiba d’Aqmi, Abou Zeid.

En perte d’influence

Les diverses activités de Mokhtar Belmokhtar lui ont permis de nouer des liens étroits avec les communautés touareg, notamment avec les combattants qui ont participé au printemps 2012 à l'offensive ayant abouti à la prise du nord du Mali avec leurs alliés islamistes de l'époque. Pour asseoir sa mainmise dans la région, il aurait notamment pris des Touareg pour épouses. En juin 2012, une chaîne de télévision algérienne a rapporté qu'il avait été tué dans des combats entre islamistes et séparatistes touaregs à Gao, dans le nord du Mali. L'un de ses collaborateurs a par la suite démenti sa mort.

Il y a deux ans, Mokhtar Belmokhtar était jugé en perte d’influence, selon Jon Marks, spécialiste de la région cité par le Telegraph britannique. En effet, en octobre 2012, des sites djihadistes indiquaient qu’il avait été relevé de ses fonctions de commandement au sein d’Aqmi au nord du Mali. Puis Mokhtar Belmoktar avait annoncé dans une vidéo sa rupture avec Aqmi, pour créer son propre groupe armé -la katiba des Moulathamine, «Ceux qui signent de leur sang»- tout en maintenant son allégeance à Al-Qaida. C'était avant la prise d’otages en Algérie et l'attaque contre Areva en 2013, et ce nouvel attentat sanglant perpétré à Bamako, qui pourraient être les signes de sa réhabilitation.